Un triangle de récif posé sur le Pacifique Sud, une île principale verte et paisible, une poignée de motu — ces îlots de sable couronnés de cocotiers — et, au milieu, un lagon d'une clarté difficile à décrire sans photographies à l'appui : Aitutaki se résume en une phrase, mais aucune ne lui rend vraiment justice. Les navires qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers l'une des journées les plus lumineuses du Pacifique Sud.
Une arrivée en chaloupe à Arutanga
Les eaux intérieures étant trop peu profondes pour les grands navires, ceux-ci mouillent au large et les chaloupes assurent la liaison, en quinze à trente minutes selon la position d'ancrage, jusqu'au petit quai d'Arutanga, le village principal de la côte ouest. L'accueil se fait souvent en musique, ukulélés et colliers de fleurs en tête. Autour du quai : une église, quelques commerces, une banque, un bureau de poste — l'essentiel d'une vie insulaire qui compte à peine deux mille habitants.
Arutanga et la plus ancienne église des Cook
À deux pas du quai, l'église de corail blanchi du village, élevée à partir de 1828 par les premiers missionnaires, est la plus ancienne des îles Cook. Son intérieur aux boiseries bleues et ses vitraux simples méritent le coup d'œil, surtout si un chœur y répète : les harmonies polynésiennes portées par toute l'assemblée comptent parmi les grands souvenirs des visiteurs. Autour, le village s'égrène en maisons basses, jardins de taro et manguiers, à parcourir à pied ou en scooter de location.
Le lagon, évidemment
La sortie reine de l'escale reste la croisière sur le lagon. Les bateaux locaux slaloment entre les motu, mouillent au-dessus de jardins de corail pour le masque et tuba — poissons-perroquets, bénitiers, raies parfois — et accostent enfin à One Foot Island, l'îlot emblème d'Aitutaki. Là, un minuscule bureau de poste appose sur les passeports un tampon en forme de pied, plaisir de collectionneur que l'on exhibe fièrement au retour. À marée basse, on marche sur des bancs de sable immaculés qui émergent au milieu de l'eau turquoise, dans un paysage qui semble inventé pour les lunes de miel.
L'escale de la « route du corail »
Aitutaki possède d'ailleurs un passé aérien étonnant : dans les années 1950, les hydravions de la Tasman Empire Airways amerrissaient au cœur même de l'atoll, sur la fameuse « route du corail » reliant la Nouvelle-Zélande à Tahiti. Les passagers de l'époque se baignaient pendant le ravitaillement, faisant de l'île l'une des escales les plus enviées de l'aviation civile. Une décennie plus tôt, les forces américaines y avaient construit la piste d'atterrissage encore utilisée aujourd'hui — deux chapitres inattendus pour un si petit point sur la carte du Pacifique.
Plages et flânerie près du village
Sans excursion, la journée se savoure tout aussi bien : la plage commence à moins de deux kilomètres au nord du quai, à la hauteur d'Ureia, et se prolonge en criques ombragées où l'eau reste chaude et calme. Les marcheurs graviront la colline de Maunga Pu, point culminant de l'île, pour un panorama complet sur le triangle turquoise; comptez une petite heure aller-retour depuis la route principale.
Conseils d'escale
- Chaloupes : 15 à 30 minutes de traversée; mer généralement calme à l'intérieur du récif.
- Croisières lagunaires et One Foot Island : réservation recommandée dès que la date d'arrêt est connue.
- Dollar néo-zélandais en usage; distributeurs limités, prévoir un peu d'argent comptant.
- Dimanche très observé : commerces fermés, mais chants d'église grandioses.
Quand la dernière chaloupe s'éloigne d'Arutanga, le lagon vire au doré et les motu s'alignent sur l'horizon comme une ponctuation parfaite. Beaucoup de croisiéristes ont vu des dizaines d'îles tropicales; la plupart s'accordent pourtant à dire qu'Aitutaki joue dans une catégorie à part — et qu'un jour, promis, ils reviendront y passer plus qu'une escale.


