Le nom promet beaucoup, et la rivière tient parole. Beauty Point occupe une anse tranquille de la Tamar, ce large bras d'eau qui entaille le nord de la Tasmanie, à environ 45 kilomètres en aval de Launceston. Le bourg compte à peine 1 300 habitants, mais son quai réserve deux rencontres animalières qu'on ne fait nulle part ailleurs sur la planète, et la vallée qui l'entoure produit certains des vins les plus fins d'Australie. Voilà le genre d'escale discrète qui finit par éclipser, dans les souvenirs, bien des capitales tapageuses.

Deux voisins étonnants sur le quai

Rare privilège : les deux principales attractions se trouvent sur le quai même, à quelques mètres de la passerelle, ce qui laisse toute liberté d'organiser le reste de la journée. Seahorse World, premier aquarium-élevage d'hippocampes au monde, fait passer le visiteur d'une caverne peuplée de dragons de mer à une véritable ferme marine où des milliers de minuscules chevaux des mers grandissent dans leurs bassins, des nouveau-nés de la taille d'un ongle jusqu'aux adultes reproducteurs ; la visite guidée dure une cinquantaine de minutes et s'achève au plus près des bassins d'élevage. Juste à côté, Platypus House invite à observer l'ornithorynque, ce mammifère à bec de canard qui pond des œufs, ainsi que des échidnés curieux qui déambulent parfois entre les visiteurs. Les deux maisons ouvrent à l'année, beau temps, mauvais temps, et forment un duo idéal pour les familles comme pour les curieux de nature qui n'auraient jamais l'occasion d'apercevoir ces créatures en liberté.

La Tamar, une vallée à déguster

Autour de Beauty Point, les coteaux portent plus d'une vingtaine de vignobles et caveaux de dégustation, souvent familiaux. Le climat frais de la Tasmanie donne des effervescents, des pinots noirs et des rieslings qui se taillent une réputation mondiale, et les producteurs accueillent eux-mêmes les visiteurs plus souvent qu'autrement, verre en main et anecdotes comprises. Plusieurs excursions organisées depuis le navire combinent deux ou trois propriétés avec un repas au milieu des vignes, souvent dans une salle vitrée ouverte sur la rivière ; les indépendants peuvent convenir d'un taxi pour rejoindre les domaines les plus proches du village.

Launceston, l'option citadine

Ceux qui préfèrent la ville mettront le cap sur Launceston, à trois quarts d'heure de route en suivant la rivière. Fondée au début du XIXe siècle, la deuxième agglomération de Tasmanie séduit par ses édifices victoriens remarquablement conservés, ses parcs soignés et sa gorge Cataract, un canyon verdoyant qui s'ouvre à quelques minutes du centre, sentiers, passerelle et télésiège compris. Les navettes d'excursion du navire demeurent la façon la plus simple de faire l'aller-retour dans le temps imparti, commentaire du chauffeur en prime.

Flâner au bord de l'eau

Rester au village a aussi ses douceurs. La promenade longe les pontons où s'amarrent voiliers et bateaux de pêche, les pélicans patrouillent près des cales et les collines de l'autre rive composent un décor paisible qui change avec la lumière. Un café face à la marina, un cornet de poisson-frites dégusté au soleil, une conversation avec un pêcheur qui rentre sa prise : l'après-midi passe sans qu'on y prenne garde. Prévoir tout de même un lainage, la brise de la Tamar fraîchit vite, même en été austral.

Au moment où le navire redescend vers la mer, les vignes et les vergers défilent une dernière fois entre les eucalyptus, et les rives se referment doucement derrière la poupe. Cette halte sans monument célèbre laisse un souvenir étonnamment précis : celui d'une journée où l'on a regardé un hippocampe dans les yeux, caressé l'idée d'un ornithorynque et goûté un vin introuvable ailleurs. La Tasmanie reçoit à sa manière : doucement, et pour longtemps.