Bien avant l'ancre, la silhouette s'impose : le mont Otemanu, dent de basalte dressée au centre d'un lagon qui décline tous les bleus imaginables. Bora Bora, dans les îles de la Société, en Polynésie française, appartient à ces rares lieux dont la réalité soutient la réputation. Les navires mouillent dans la baie face à Vaitape, le village principal, et les navettes déposent les passagers en plein cœur de la vie locale, entre l'église, les boutiques de perles et les comptoirs d'excursions.

Vaitape, point de départ de tout

Le débarcadère concentre l'essentiel des services : opérateurs d'excursions sur l'eau, locations de voitures et de scooters, cafés et roulottes où goûter un poisson cru au lait de coco. Vaitape n'a rien d'une vitrine apprêtée ; c'est un village polynésien qui vit à son rythme, écoliers et églises compris, et cette normalité fait du bien dans un décor aussi célèbre. Quelques minutes suffisent pour s'orienter, comparer deux ou trois offres et arrêter le programme de la journée, montre en main.

Le lagon, raison d'être de l'escale

Tout, ici, converge vers le lagon. Les excursions en bateau en font le tour, s'arrêtant dans des jardins de corail où les poissons se comptent par bancs entiers ; les sorties les plus courues mettent les nageurs à l'eau parmi les raies pastenagues et les requins à pointes noires, habitués inoffensifs des fonds sableux, toujours sous la conduite de guides qui connaissent chaque passe. Les embarcations à fond de verre offrent le même émerveillement aux non-nageurs. Entre deux baignades, les motu, ces îlots posés sur le récif, invitent à une halte les pieds dans l'eau ; le petit Motu Tapu, ancien domaine réservé de la royauté tahitienne, compte parmi les plus photographiés.

Matira, la plage de tous

À la pointe sud de l'île principale, à environ quinze minutes de taxi de Vaitape, la plage publique de Matira déroule un sable poudreux dans une eau turquoise qui reste longtemps peu profonde ; l'ombre des poissons y précède souvent les poissons eux-mêmes, tant la transparence est complète. C'est l'endroit tout indiqué pour une matinée simple : baignade, marche dans l'eau tiède, cocotiers pour l'ombre, masque et tuba pour les curieux. Beaucoup de passagers y passent la journée entière et ne le regrettent pas ; il suffit d'apporter de quoi boire et de surveiller l'heure du dernier retour vers le navire.

Prendre de la hauteur

Pour saisir la géographie du lieu, les excursions en véhicule tout-terrain grimpent par des pistes raides vers des belvédères ouverts sur le lagon, les motu et la masse sombre de l'Otemanu. Les guides polynésiens y ajoutent récits et légendes, ainsi que l'histoire plus récente de l'île ; les averses tropicales passent vite, laissant l'air rincé et les crêtes fumantes de brume. Là-haut, on comprend d'un seul regard ce que la carte peinait à dire : une montagne au milieu d'un anneau de corail, et toutes les nuances d'eau entre les deux.

La perle et le paréo

Les boutiques du bourg présentent la perle de culture de Tahiti, aux reflets sombres si particuliers, montée ou au détail ; les commerçants expliquent volontiers les critères, forme, lustre, nuances de gris ou de vert, qui font la valeur d'une gemme. Paréos, monoï et sculptures complètent l'artisanat local ; marchander n'est pas d'usage, mais comparer reste permis.

Le dernier regard

Au départ, chacun s'accoude au bastingage pour suivre l'Otemanu qui s'efface derrière le récif. Bora Bora tient une place à part dans l'imaginaire des voyageurs, et l'escale, même brève, explique pourquoi : peu d'endroits offrent une telle évidence. On emporte des couleurs qu'aucune photo ne rendra tout à fait, et l'envie déjà précise d'y revenir plus longtemps ; le nom seul suffira, pendant des années, à rouvrir les images.