Un clapotis soudain, des centaines de poissons qui jaillissent sous un plancher de bois : voilà souvent la première image que l'on garde de Chau Doc. Posée sur la rivière Hau, l'un des bras du Mékong, à quelques kilomètres de la frontière cambodgienne, cette localité du delta vit littéralement sur l'eau, et elle en a fait un art de vivre complet. Les navires fluviaux qui relient le Vietnam au Cambodge y font halte, et l'escale plonge d'emblée le voyageur dans un monde amphibie fascinant.
Le débarquement s'effectue généralement en sampan ou en petite embarcation, car c'est par l'eau que tout se visite ici. Les maisons flottantes forment un village mouvant le long des berges, et chacune cache sous son plancher des cages où grandissent poissons-chats et carpes. Les pisciculteurs accueillent volontiers les visiteurs : une poignée de granulés jetée dans la trappe déclenche un bouillonnement spectaculaire qui fait sourire tout le monde à bord.
Le village flottant et les communautés cham
Cette communauté vit de l'élevage aquacole depuis des décennies, et la promenade en bateau entre les habitations révèle un quotidien réglé par la rivière : potagers en pots sur les terrasses, chiens couchés sur les pontons, écoliers véhiculés en barque. Sur la rive opposée, les villages cham perpétuent leurs traditions autour de petites mosquées et de métiers à tisser. L'accueil y est doux, les échanges se font par sourires, et les étoffes colorées constituent un souvenir qui a du sens. Prendre le temps de regarder une tisserande travailler, navette au poing dans la pénombre fraîche d'une maison sur pilotis, vaut tous les magasins hors taxes du monde.
Le mont Sam et ses sanctuaires
À l'ouest de la ville, le mont Sam s'élève à 230 mètres au-dessus des rizières, seul relief dans un horizon parfaitement plat. Ses pentes rassemblent temples et pagodes, dont la population locale entretient la ferveur au fil des pèlerinages. Du sommet, la vue embrasse les canaux, les damiers de rizières et, par temps clair, la plaine cambodgienne toute proche. Les excursions d'escale y montent en véhicule, avec des arrêts aux sanctuaires principaux. En saison des pluies, les rizières inondées transforment ce panorama en miroir géant où se reflètent les nuages, spectacle qui justifie à lui seul la montée.
La forêt de Tra Su
Les itinéraires qui disposent de plus de temps proposent la forêt de cajeputiers de Tra Su, à courte distance en excursion organisée. On y glisse en barque sur un tapis de lentilles d'eau, entre les troncs élancés, pendant que hérons et cormorans s'envolent au passage. Le silence n'y est troublé que par les rames ; beaucoup de voyageurs décrivent ce moment comme le plus apaisant de leur descente du Mékong.
Repères pour l'escale
| Expérience | Mode d'accès |
|---|---|
| Maisons flottantes et fermes piscicoles | En sampan depuis le navire |
| Villages cham et ateliers de tissage | En bateau, rive opposée |
| Mont Sam et ses temples | Excursion en véhicule |
| Forêt de Tra Su | Excursion organisée, barque sur place |
Avant de reprendre le fil du fleuve
Un tour au marché central complète la halte : montagnes de poisson séché, spécialité régionale au parfum tenace, herbes fraîches et fruits tropicaux y changent de mains dans un joyeux vacarme. Les marchandes accroupies derrière leurs bassines interpellent gaiement les passants, et une assiette de nouilles avalée sur un tabouret de plastique constitue un déjeuner mémorable pour qui aime manger local. De retour à bord, tandis que le navire reprend sa route vers la frontière, les maisons flottantes défilent une dernière fois. Chau Doc laisse cette impression rare d'avoir approché une vie entièrement construite avec le fleuve, ni contre lui ni loin de lui, et l'on regarde ensuite le Mékong autrement.


