L'autocar quitte les rives du Rhin, s'enfonce dans la vallée de la Kinzig, et au bout d'une quarantaine de minutes, des tours médiévales apparaissent entre les vignes : Gengenbach, aux premières pentes de la Forêt-Noire. Les bateaux fluviaux amarrés du côté de Kehl ou de Strasbourg proposent régulièrement cette excursion, et elle compte parmi les plus appréciées du haut Rhin. Ancienne ville libre d'Empire, Gengenbach a traversé les siècles sans perdre ni ses portes fortifiées, ni ses ruelles à colombages, ni son sens de la fête.

Entrer par les tours

On pénètre dans le centre ancien par l'une de ses portes médiévales, dont la Kinzigtorturm, tour massive coiffée d'un toit pointu qui servait de poste de garde à la milice locale. À l'intérieur des anciens remparts, les rues composent un décor si soigné que le centre figure sur la Deutsche Fachwerkstrasse, la route allemande des maisons à pans de bois. Les façades s'ornent de poutres sculptées, les enseignes en fer forgé se balancent au vent et les fontaines fleuries ponctuent les carrefours. La Engelgasse, ruelle étroite bordée de maisons débordantes de géraniums, attire tous les objectifs.

Le plus grand calendrier de l'avent au monde

Sur la place du marché trône l'hôtel de ville du XVIIIe siècle, façade classique percée de 24 fenêtres. Chaque année en décembre, ces fenêtres se transforment une à une en tableaux illuminés, faisant du bâtiment le plus grand calendrier de l'avent au monde. Des artistes de renom ont signé certaines éditions, dont Marc Chagall et Andy Warhol pour les images exposées. Même hors saison, la place mérite qu'on s'y attarde, entre la fontaine surmontée d'un chevalier et les terrasses de cafés qui l'encadrent.

Fous du carnaval et vieille abbaye

Gengenbach appartient au pays du carnaval souabe-alémanique, cette tradition où des personnages masqués aux costumes sculptés envahissent les rues avant le Carême. Le Narrenmuseum, installé dans la haute tour du Niggelturm, expose masques de bois, grelots et costumes de sorcières qui donnent un aperçu saisissant de ces festivités séculaires, classées au patrimoine culturel immatériel. Quelques rues plus loin, l'ancienne abbaye bénédictine, fondée au VIIIe siècle, conserve son église et ses jardins paisibles, rappelant que tout ici s'est développé à l'ombre du monastère.

Vignes et douceurs de la Forêt-Noire

Les coteaux qui entourent la cité produisent des vins d'Ortenau, rieslings et pinots que l'on déguste dans les caveaux du centre. Les pâtisseries locales défendent quant à elles l'emblème sucré de la région, le gâteau Forêt-Noire, entre génoise au chocolat, cerises et crème fouettée : l'occasion de comparer l'original avec les versions servies ailleurs dans le monde. Ceux qui souhaitent prendre un peu de hauteur suivent le sentier des vignes au départ du centre ; en une vingtaine de minutes de montée, la vue s'ouvre sur les toits, le clocher de l'abbatiale et la vallée de la Kinzig.

Ce que l'on rapporte de la vallée

Au retour vers le fleuve, l'autocar redescend la vallée pendant que chacun trie ses images : une ruelle croulant sous les fleurs, un masque de carnaval grimaçant, une fenêtre d'hôtel de ville qui attend décembre. Gengenbach condense en quelques hectares ce que la Forêt-Noire fait de mieux, sans téléphérique ni file d'attente. Les excursions vers les grandes horloges à coucou ont leurs adeptes ; celle-ci séduit ceux qui préfèrent les pierres vraies et les traditions vivantes. Il n'est pas rare d'entendre, sur le chemin du retour, des passagers planifier déjà un séjour plus long.