Sur la rive gauche du Danube, face à la ville bulgare de Ruse, Giurgiu vit au rythme du fleuve depuis que des marchands génois y ont établi un comptoir au XIVe siècle. Les navires fluviaux s'amarrent à quelques pas du centre, dans une ville modeste qui ne cherche pas à éblouir : elle offre plutôt une porte d'entrée, celle de la Roumanie et de sa capitale, Bucarest, à une soixantaine de kilomètres au nord. L'arrêt est bref en général, mais bien employé, il ouvre deux pays d'un coup.

Une ville frontière

Giurgiu a longtemps été une place forte disputée entre l'Empire ottoman et les principautés roumaines. De cette histoire mouvementée subsiste la tour de l'horloge, élevée à l'époque ottomane au centre de la place principale. Haute d'une vingtaine de mètres, elle servait de tour de guet avant de devenir le symbole de la cité. Autour, les rues mêlent bâtiments d'avant-guerre, façades de l'époque communiste et petits commerces sans façade touristique.

Le pont de l'Amitié

En aval, un ouvrage d'acier de plus de deux kilomètres enjambe le fleuve : le pont de l'Amitié, inauguré en 1954, premier lien fixe entre la Roumanie et la Bulgarie. Route et chemin de fer y passent sur deux niveaux. Depuis le quai, on mesure l'ampleur du trafic qui traverse ici l'Europe du Sud-Est, camions et convois de marchandises défilant au-dessus des eaux. Les pêcheurs à la ligne, eux, s'installent dès le matin sur les enrochements, sous les saules de la berge. Ruse, sur l'autre rive, dévoile ses immeubles Belle Époque; certains itinéraires de croisière la visitent depuis cette rive, l'occasion de comparer deux mondes que le fleuve sépare et relie à la fois.

Bucarest à portée d'escale

La plupart des passagers profitent de l'arrêt pour rejoindre Bucarest, à environ une heure et quart de route. Les guides ponctuent le trajet d'anecdotes sur la campagne valaque, ses champs de blé et de tournesol défilant par la fenêtre de l'autocar. La capitale roumaine réserve des contrastes saisissants : le palais du Parlement, l'un des bâtiments les plus vastes du monde, voisine avec les églises orthodoxes miniatures et les villas du vieux Bucarest, qui lui valurent jadis son surnom de petit Paris des Balkans. Le centre ancien, piétonnier, regorge de cafés et de librairies installés dans des passages couverts restaurés.

Flâner au bord du fleuve

Pour ceux qui restent, Giurgiu se découvre sans hâte. Le port de plaisance et les berges aménagées invitent à une promenade face aux convois de barges. Le musée du comté expose le passé de la région, des vestiges antiques aux témoignages de la période ottomane. Au marché, les étals débordent de légumes, de fromages frais et de miel des plaines valaques : un aperçu direct de la vie quotidienne du sud roumain, loin des circuits touristiques. On repart volontiers avec un pot de miel au fond du sac.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostageQuai fluvial près du centre-ville
Excursion principaleLa capitale roumaine, à environ 60 km (1 h 15 de route)
Sur placeTour de l'horloge, berges du Danube, marché local
MonnaieLeu roumain; l'euro n'est accepté que dans certains commerces

Giurgiu appartient à cette famille d'escales fluviales qui se donnent pour ce qu'elles sont : des villes de travail, façonnées par le passage des marchandises et des empires. On y comprend mieux le Danube qu'en bien des endroits célèbres, précisément parce que rien n'y est mis en scène. Et quand le navire largue les amarres, la tour ottomane veille encore sur la place, comme elle le fait depuis plus de deux siècles. Peu de haltes offrent, en une seule journée, un aperçu aussi net de deux rives et de deux histoires.