Le vent de la baie d'Algoa accueille souvent les visiteurs avant les habitants. Il souffle sur Gqeberha, que beaucoup de Sud-Africains appellent encore Port Elizabeth ou simplement PE, et qui a gagné depuis longtemps son surnom de « ville amicale ». Le nom actuel, adopté en 2021, vient de la rivière Baakens qui traverse la cité, désignée ainsi en langue xhosa. Les navires y font halte sur la route du Cap, et ceux qui descendent à terre y trouvent un condensé d'Afrique du Sud : mémoire de la démocratie, plages de l'océan Indien et éléphants à une heure de route.
Du quai à la ville
L'accostage se fait dans un port industriel dépourvu de terminal de croisière ; navettes et taxis assurent la sortie de la zone portuaire. Le centre historique se trouve à quelques minutes, accroché à une colline qui domine la rade. Les compagnies organisent la plupart des déplacements, et les excursions d'une journée partent directement du quai.
La Route 67, une leçon d'histoire à ciel ouvert
Du Campanile, tour commémorative dressée près du port, un parcours urbain grimpe vers les hauteurs : la Route 67 aligne 67 œuvres d'art public, une pour chaque année que Nelson Mandela a consacrée à la vie publique de son pays. Mosaïques, sculptures et fresques mènent à un escalier monumental couronné par un immense drapeau sud-africain qui claque au sommet de la colline. Le chemin raconte la longue marche vers la démocratie avec une sincérité qui touche même les visiteurs pressés. Prenez le temps de repérer les silhouettes de bronze qui marchent vers l'urne électorale, allusion à la file des premiers votants de 1994, et la grande mosaïque circulaire qui orne la place en contrebas.
Le Donkin Reserve, cœur ancien de la cité
Au sommet, une esplanade gazonnée réunit deux monuments singuliers : une pyramide de pierre érigée en 1820 par le gouverneur Rufane Donkin en souvenir de son épouse Elizabeth, qui donna son nom à la ville, et un phare de 1861 qui abrite aujourd'hui le centre d'information touristique. Depuis la terrasse, le regard descend sur les toits du centre, les grues du port et la courbe de la baie. Les maisons victoriennes des rues voisines rappellent l'époque des colons britanniques de 1820, débarqués sur cette plage alors déserte.
Summerstrand et le front de mer
À cinq kilomètres au sud, le quartier de Summerstrand borde l'océan de plages sablonneuses protégées par des brise-lames. Le complexe du Boardwalk y regroupe restaurants, boutiques et promenades face à la mer. L'eau, plus tempérée ici que sur la côte atlantique du Cap, autorise la baignade une bonne partie de l'année, et les surfeurs locaux se partagent les vagues avec les baigneurs. Des sorties en bateau partent aussi observer les dauphins qui fréquentent ces eaux en grands groupes.
Addo, le royaume des éléphants
La grande excursion de l'escale mène au parc national des Éléphants d'Addo, à environ une heure de voiture. Plus de six cents pachydermes y vivent parmi les fourrés du Cap-Oriental, aux côtés de zèbres, de buffles et de lions. Le parc revendique la « grande famille des sept » : aux cinq grands animaux d'Afrique s'ajoutent ici la baleine franche australe et le grand requin blanc, présents dans les eaux de la baie. Une journée complète est nécessaire, mais voir une famille d'éléphants traverser la piste à quelques mètres du véhicule, oreilles déployées et petits serrés contre les flancs des mères, reste pour bien des passagers le sommet de toute la croisière.
Au retour, le soleil rase la baie d'Algoa et allume les façades du centre. Gqeberha ne cherche pas à éblouir ; elle préfère accueillir, raconter et laisser ses hôtes repartir avec le sentiment d'avoir compris un peu mieux ce pays complexe et attachant. Le surnom de ville amicale, décidément, se vérifie à chaque escale.


