On l'appelle l'île blanche. Vue de la mer, Graciosa aligne ses maisons chaulées et ses clochers clairs sur des collines volcaniques adoucies par les pâturages, dans le groupe central de l'archipel des Açores. C'est la plus discrète des neuf îles portugaises de l'Atlantique, et ceux qui y débarquent le font souvent sans trop savoir ce qui les attend. Ils repartent avec le souvenir d'un monde souterrain stupéfiant et de villages où le temps se mesure au pas des vaches qui rentrent à l'étable.
L'arrivée par Praia
Les navires font escale du côté de Vila da Praia, au sud-est de l'île, où se trouve le port de commerce. Le village aligne ses façades blanches face à une plage de sable sombre, avec un îlot posé au large qui abrite des colonies d'oiseaux marins. Les rues calmes mènent à une place centrale où l'église et quelques cafés composent l'essentiel de la vie locale. Tout ici annonce la tonalité de l'escale : simplicité, blancheur des murs, noirceur de la pierre volcanique et verts profonds des pâturages.
Santa Cruz, la capitale paisible
À quelques kilomètres au nord, Santa Cruz da Graciosa concentre le patrimoine bâti de l'île. Les ruelles pavées de galets dessinent des motifs géométriques entre les maisons basses, dont les encadrements de basalte noir tranchent sur la chaux. L'église principale, les anciens couvents et les demeures de capitaines racontent une prospérité modeste, bâtie sur le blé, le vin et la vigne. Autour de la place centrale et de ses araucarias, les habitants saluent volontiers les visiteurs de passage : l'île reçoit peu de monde, et chaque escale constitue un petit événement.
La caldeira, cœur de l'île
Le sud-est de Graciosa est occupé par la caldeira, une vaste dépression volcanique formée il y a environ 12 000 ans, classée monument naturel régional. Ses pentes extérieures portent des vignes et des pâturages; l'intérieur, tapissé de végétation, semble un monde à part. La route franchit un tunnel percé dans la paroi du cratère, et cette entrée en matière prépare à la découverte qui fait la renommée de l'île.
Furna do Enxofre, la cathédrale souterraine
Au fond de la caldeira s'ouvre la Furna do Enxofre, une caverne volcanique parmi les plus imposantes des Açores. La voûte de lave, presque parfaite, s'étend sur 194 mètres de longueur et culmine à 40 mètres de hauteur. On y descend par un escalier en colimaçon de 183 marches, logé dans une tour de pierre élevée au début du XXe siècle. En bas, un lac d'eau froide occupe une partie du plancher, et une fumerolle rappelle que le volcan dort sans être éteint. Les visiteurs parlent bas, comme dans une église : l'acoustique et la pénombre imposent naturellement le silence.
Le tour des saveurs
Remonté à la surface, on reprend goût à la lumière atlantique devant un verre de vin blanc local, issu des vignes plantées dans les cendres, accompagné du fromage de l'île et des queijadas, petites pâtisseries dont chaque île açorienne garde sa recette. Les distances demeurent courtes : en une escale, il est tout à fait possible de combiner Santa Cruz, la caldeira et la caverne sans jamais se presser.
Le navire s'éloigne, l'île blanche redevient une silhouette posée sur l'Atlantique, et l'on mesure ce que Graciosa vient d'offrir : la descente au centre de la terre et la douceur d'un monde rural resté entier. Peu d'escales tiennent ces deux promesses à la fois, et c'est précisément ce qui donne envie de guetter son nom sur un prochain itinéraire.


