Il faut regarder une carte pour comprendre Happy Valley-Goose Bay. La localité s'accroche au fond du lac Melville, un bras de mer qui s'enfonce sur près de 200 km à l'intérieur du Labrador, entre forêt boréale et collines basses. Les navires d'expédition qui remontent jusqu'ici s'éloignent volontairement des circuits classiques : on vient y toucher le cœur habité de ce territoire, un carrefour où se croisent depuis des générations les Innus, les Inuits et les descendants des trappeurs et colons de la côte.

Une ville née de l'aviation

En 1941, la guerre transforme ce coin de forêt en l'un des plus grands aérodromes du monde. La base de Goose Bay sert alors d'escale aux milliers d'avions convoyés vers l'Europe, et la 5e Escadre de l'Aviation royale canadienne y demeure active aujourd'hui. Le Labrador Military Museum rassemble photographies, documents et pièces d'équipement qui racontent cette épopée aérienne, des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale aux avions de chasse de l'OTAN venus s'entraîner dans l'immensité du ciel d'ici. Les passionnés d'aviation y passent facilement une heure, entre maquettes, uniformes et récits d'atterrissages par blizzard. Pour une communauté d'environ 8 000 habitants, ce passé aérien reste une fierté quotidienne.

Marcher entre rivière et milieux humides

Près du quartier de Happy Valley, la promenade de bois de Birch Island s'avance sur environ 5 km dans les milieux humides bordant la rivière Churchill. Le sentier, plat et accessible, traverse des zones où nichent canards, bruants et rapaces; les panneaux d'interprétation expliquent le rôle de ces marais dans l'écosystème du lac Melville. C'est la meilleure façon de prendre la mesure du paysage sans s'éloigner de la ville : l'eau, la forêt d'épinettes noires et ce ciel immense qui fait la réputation de ces latitudes.

North West River, la mémoire du territoire

À environ 38 km par une route pavée, le village de North West River occupe l'emplacement d'un ancien poste de traite. On y trouve le centre d'interprétation provincial, qui présente l'histoire et les cultures de la région, ainsi que le musée de la société d'histoire locale, aménagé dans un ancien magasin de la Compagnie de la Baie d'Hudson, avec ses comptoirs, ses fourrures et son odeur de bois ancien. La plage de sable au bord du lac Melville surprend les visiteurs; par beau temps, les monts Mealy se découpent sur l'autre rive. Plusieurs excursions organisées par les navires incluent ce trajet, qui vaut amplement l'heure de route aller-retour.

Artisanat et rencontres

En ville, quelques boutiques proposent l'artisanat des communautés du Labrador : mocassins brodés, sculptures de pierre, paniers d'herbe salée et vêtements adaptés au climat subarctique. Les conversations s'engagent facilement; les habitants, habitués à l'isolement, accueillent les rares navires avec une curiosité amicale. Ceux qui s'intéressent aux cultures autochtones apprendront que la région est le point de départ vers le Nunatsiavut, territoire inuit autonome dont les communautés jalonnent la côte plus au nord.

Quelques repères pratiques

  • Les navires mouillent généralement dans le lac Melville et débarquent leurs passagers en embarcation.
  • Prévoir un chasse-moustiques en été : les milieux humides ont leurs habitants ailés.
  • Les distances sont grandes; vérifier si une navette ou une excursion dessert North West River.
  • La météo change vite au Labrador, même en juillet : superposer les couches.

Au moment de quitter le quai, beaucoup de passagers mesurent l'étrangeté du lieu : une piste d'aviation démesurée posée au bord d'une mer intérieure, des cultures qui cohabitent depuis des siècles, une nature qui commence au bout de chaque rue. Happy Valley-Goose Bay n'a rien d'une escale spectaculaire; elle offre quelque chose de plus rare, la sensation d'entrer dans l'intimité d'un territoire que peu de voyageurs connaîtront jamais.