Le Mékong entre au Vietnam par deux bras, et Hong Ngu veille sur l'un d'eux. Cette ville de la province de Dong Thap, posée sur le Tien, le bras supérieur du fleuve, figure parmi les premières haltes vietnamiennes des croisières fluviales qui descendent du Cambodge. Aucun monument ne l'a rendue célèbre; c'est précisément ce qui fait son intérêt. On y accoste pour voir le delta tel qu'il vit, loin des circuits chargés.
L'amarrage au fil de l'eau
Les navires fluviaux s'amarrent à proximité de la ville ou mouillent dans le courant, selon le niveau des eaux. Le débarquement se fait alors en petites embarcations, premier contact, un peu cérémonieux, avec ce fleuve brun et puissant qui a déjà traversé cinq pays avant d'arriver ici. Sur les berges, des maisons sur pilotis s'avancent au-dessus de l'eau, et les barques de commerce circulent du matin au soir, chargées de fruits, de riz ou de matériaux.
Les ateliers de tissage
Hong Ngu s'est bâti une réputation régionale pour ses ateliers de tissage, où les artisans produisent notamment des foulards à carreaux typiques du Sud vietnamien, cousins du krama que l'on porte de l'autre côté de la frontière cambodgienne toute proche. Les excursions mènent souvent dans ces ateliers familiaux : les métiers claquent en cadence, les écheveaux de fil sèchent dans la cour, et l'on suit le chemin d'une écharpe du fil brut au tissu fini. Les achats se font directement auprès des familles, sans intermédiaire.
En sampan dans les bras du delta
L'autre grand moment de l'escale se vit sur l'eau. À bord d'un sampan, on quitte le bras principal pour des chenaux plus étroits, entre les vergers de manguiers et de longaniers, les jardins maraîchers et les embarcadères familiaux. Des enfants saluent depuis les berges, des pêcheurs relèvent leurs filets, un temple apparaît derrière une rangée d'aréquiers. Le delta se raconte ici sans mise en scène, au rythme lent du moteur. Les guides locaux, souvent nés sur ces berges, nomment chaque arbre fruitier au passage et font goûter ce que la saison propose : jacques, mangoustans, bananes naines cueillies du matin.
Une région de fleuve et de frontière
Autour de Hong Ngu, la vie s'organise depuis des générations autour de la crue annuelle, qui dépose ses limons sur les rizières et remplit les bassins d'élevage de poissons. La région compte de nombreuses fermes aquacoles, parfois flottantes, que certains itinéraires font découvrir. Les villes voisines de Tan Chau, réputée pour sa soie noire lustrée, et de Chau Doc, avec ses communautés cham et ses temples, figurent souvent sur les mêmes itinéraires, chacune ajoutant sa nuance au portrait du haut delta. La province de Dong Thap se targue d'être le pays du lotus : en saison, les bassins roses bordent les routes, et les graines grillées comme le thé parfumé au lotus se retrouvent sur toutes les tables de la région.
Quelques repères
- Escale fluviale : débarquement à quai ou en petites embarcations selon les navires et le niveau du fleuve.
- Les excursions se font à pied, en sampan ou en véhicule léger; les distances restent courtes.
- Monnaie : le dong vietnamien; prévoir de petites coupures pour les achats d'artisanat.
- Meilleure période : de décembre à avril, en saison sèche.
Ce qui reste au départ
Le bateau finira par reprendre sa route vers My Tho ou vers la frontière; Hong Ngu, elle, retournera à ses métiers à tisser et à ses vergers. Le passager, lui, garde le souvenir d'une matinée où rien n'était spectaculaire et où tout était vrai : le claquement des navettes de bois, l'odeur des fruits mûrs sur l'eau, la main levée d'un enfant sur la berge. Le Mékong se visite parfois; ici, il se rencontre.


