Au 71e parallèle, la terre s'arrête bientôt. Le navire remonte un bras de mer bordé de collines nues, sans un arbre, et Honningsvåg apparaît : quelques centaines de maisons colorées serrées autour de leur baie, sur l'île de Magerøya, tout en haut de la Norvège. C'est d'ici que les croisiéristes partent toucher le Cap Nord, ce plateau mythique dressé face à l'Arctique. Entre la mi-mai et la fin juillet, le soleil ne se couche jamais.

Un port au cœur du village

Les installations portuaires comptent plusieurs quais, dont deux réservés aux transbordeurs des navires au mouillage, tous à cinq minutes de marche du centre. On descend, et on y est : la rue principale, les boutiques, le bureau d'information touristique et les cafés se trouvent à quelques pas. Environ 2 500 personnes vivent ici à l'année, de la pêche et, l'été, du passage des bateaux. Les chalutiers déchargent leur cabillaud pendant que les passagers embarquent pour le plateau.

Le Cap Nord, à 34 kilomètres

La route serpente à travers un paysage de toundra où paissent, l'été, des milliers de rennes conduits par les éleveurs sâmes. Après une quarantaine de minutes, elle débouche sur le plateau du Cap Nord, une falaise de 307 mètres tombant droit dans l'océan Arctique. Le globe métallique dressé au bord du vide est devenu le symbole du lieu : on s'y fait photographier avec, derrière soi, rien d'autre que la mer jusqu'au pôle. Le centre d'accueil abrite expositions, chapelle et salle panoramique. Excursions organisées et bus locaux, dont les billets se prennent au bureau touristique du port, couvrent le trajet. Prévoir des vêtements chauds : même en juillet, le vent du large mord.

Dans les rues d'Honningsvåg

Ceux qui restent au village trouvent de quoi remplir leur escale. Le Nordkappmuseet, près du port, raconte la vie quotidienne des communautés de pêcheurs, la culture sâme et un chapitre douloureux : en 1944, l'armée allemande en retraite a incendié la ville entière. Seule l'église de 1885 a échappé aux flammes ; toute blanche sur sa butte, elle a servi de refuge aux habitants revenus reconstruire leur village maison par maison. La parcourir, puis flâner entre les façades rouges, jaunes et bleues du front de mer, aide à saisir la ténacité qu'exige la vie à cette latitude.

La lumière arctique

Ce qui frappe le plus ici ne se photographie pas facilement. C'est la lumière : rasante, changeante, capable de passer du gris d'acier à l'or pâle en quelques minutes. Les collines dénudées de Magerøya prennent des teintes que l'on ne voit nulle part ailleurs. Les plus marcheurs peuvent grimper au point de vue qui domine le port, indiqué depuis le centre ; l'ascension demande un effort court et récompense par un panorama complet sur la baie, le village et les montagnes de l'île.

L'essentiel de l'escale

  • Cap Nord : 34 km, environ 40 minutes de route, en excursion ou en bus local.
  • Nordkappmuseet et église de 1885 : au centre, accessibles à pied.
  • Rennes en liberté sur la route du plateau, de juin à août.
  • Soleil de minuit de la mi-mai à la fin juillet ; habillez-vous chaudement en toute saison.

Tout au bout du continent

En remontant la passerelle, beaucoup de passagers se retournent une dernière fois vers les collines pelées et la petite église blanche. On vient à Honningsvåg pour dire qu'on a atteint le sommet de l'Europe ; on en repart avec autre chose, une idée plus juste de ce que signifie vivre là où la terre finit. Le navire reprend la mer, le soleil refuse de se coucher, et la frontière entre le jour et la nuit cesse simplement d'exister.