Une rangée de façades rouge, jaune, bleue et rose se reflète dans les eaux d'un mouillage encerclé de collines boisées : Tobermory possède l'un des fronts de mer les plus photographiés d'Écosse, et l'arrivée en annexe en offre le meilleur point de vue. Construit à la fin du 18e siècle comme village de pêche modèle, le bourg principal de Mull accueille aujourd'hui la plupart des navires de croisière qui font escale dans l'île, les plus petits s'amarrant au port même, les autres mouillant dans la baie.

Un front de mer haut en couleur

La rue principale épouse la courbe du bassin et concentre boutiques, galeries, cafés et pubs dans les fameuses maisons colorées. La boutique de bonbons artisanaux, la chocolaterie, les étals de fruits de mer et le magasin de laines se prêtent à la flânerie, tandis qu'un musée sans prétention évoque les Clearances, ces expulsions du 19e siècle qui vidèrent l'île, et le galion espagnol de l'Invincible Armada qui aurait sombré dans la baie en 1588, chargé, selon la légende tenace, d'un or jamais retrouvé. Le pub jaune vif à l'angle du quai, une institution, sert moules et bières régionales dans un décor de bois sombre où des musiciens s'installent en fin de journée. À l'extrémité du quai, la distillerie locale, fondée en 1798, propose visites et dégustations de ses single malts, le Tobermory non tourbé et le Ledaig fumé.

La marche du phare

Pour digérer un dram ou simplement respirer, un sentier part de l'extrémité nord du port et longe la falaise boisée jusqu'au phare de Rubha nan Gall, élevé en 1857 par la famille Stevenson, une promenade d'environ 45 minutes aller-retour. Le chemin, en balcon au-dessus du détroit de Mull, ménage des vues sur la péninsule d'Ardnamurchan et laisse parfois apercevoir marsouins ou dauphins dans le courant. En saison, des excursions en bateau partent du port à la rencontre des baleines de Minke, des marsouins, des phoques et, quand la chance s'en mêle, des aigles à queue blanche qui nichent sur ces côtes, parmi les meilleurs territoires du Royaume-Uni pour les observer.

Duart, la forteresse des MacLean

Les excursions organisées mènent souvent à l'autre bout du détroit, près de Craignure, où le château de Duart monte la garde sur son éperon rocheux depuis le 13e siècle. Siège du clan MacLean depuis plus de 700 ans, ruiné après les guerres jacobites puis racheté et restauré par le chef du clan en 1911, il se visite des cachots aux remparts, avec le détroit pour horizon, et son salon de thé permet d'étirer la halte. Le trajet routier entre le bourg et Craignure demande environ 45 minutes et traverse un échantillon de paysages insulaires : lochs de mer, tourbières, montagnes dominées par le Ben More, seul munro insulaire d'Écosse hors de Skye.

Des envies d'ailleurs

Mull sert aussi de tremplin vers des voisines illustres. Selon la durée de l'escale, certaines excursions filent vers Iona et son abbaye fondée par saint Columba, ou embarquent pour Staffa et sa grotte de Fingal aux colonnes de basalte, celle-là même qui inspira une ouverture à Mendelssohn après sa visite de 1829. Ces prolongements demandent du temps et une mer coopérative, mais transforment la journée en véritable condensé des Hébrides.

Dernier regard sur la baie

Au moment où l'annexe retraverse le mouillage, les façades colorées se détachent une dernière fois sur le vert des collines, et chacun comprend pourquoi tant de peintres et de photographes s'attardent ici. Tobermory a le charme facile, c'est entendu ; Mull, derrière, garde la profondeur : châteaux, aigles, montagnes et récits de galions engloutis. Une escale y suffit à peine, et c'est exactement le genre de frustration qui fait revenir.