Un banc de sable blond posé sur une mer turquoise : voilà tout ce que l'on aperçoit du pont, et c'est précisément la promesse de la journée. L'île des Portugais, dans la baie de Maputo, ne compte ni route, ni village, ni monument. Le navire mouille au large, les transbordeurs assurent une navette d'une vingtaine de minutes, et chacun pose le pied sur un îlot mozambicain resté à l'état de nature, entre Inhaca et la capitale.
Santa Cruz, l'îlot aux deux noms
Les navigateurs portugais l'avaient baptisée Ilha de Santa Cruz à la fin du XVe siècle, lorsque leurs caravelles reconnaissaient la route des Indes le long de la côte est-africaine. Le nom d'usage a fini par retenir plutôt la nationalité des visiteurs. L'histoire s'arrête à peu près là, et c'est tant mieux : l'endroit se vit au présent, pieds nus, entre la végétation basse du centre et le ruban blond qui en fait le tour. L'îlot s'étire sur environ six kilomètres; le longer d'un bon pas, au bord de l'eau, n'offre pour compagnie que les oiseaux de mer, les crabes fantômes qui détalent devant les pas et le bruit du ressac. À marée basse, la mer se retire loin et découvre de vastes étendues fermes, idéales pour la marche.
Une journée les pieds dans l'eau
La baignade est le grand programme du jour. Le lagon qui borde la zone de débarquement descend en pente douce, avec une eau chaude presque toute l'année sous ce climat subtropical. Les compagnies installent chaises, parasols et souvent un grill sur le sable, où grésillent poissons et langoustines à l'heure du dîner. Les plus actifs enfilent masque et tuba au-dessus des formations coralliennes proches, fréquentées par des poissons multicolores; avec un peu de chance, une tortue marine ou un groupe de dauphins passe au large. Kayaks et planches à pagaie complètent généralement l'offre, selon les escales.
Inhaca, la grande voisine
Ceux qui veulent donner un visage humain à l'escale peuvent participer, lorsque l'itinéraire le permet, à une sortie vers l'île d'Inhaca, séparée de l'îlot par un bras de mer que franchissent les embarcations locales en quelques minutes. On y trouve un village de pêcheurs, un marché modeste, un phare centenaire et une station de biologie marine rattachée à l'université Eduardo Mondlane de Maputo, témoignage du rôle scientifique de cette réserve. Les dhows, ces voiliers traditionnels de l'océan Indien, croisent souvent dans le chenal : leur voile triangulaire, gonflée par l'alizé, compose l'une des images fortes de la baie. Des habitants d'Inhaca traversent d'ailleurs à la belle saison pour proposer aux passagers sculptures, colliers de coquillages et paréos étalés sur des nattes.
Petits gestes qui changent la journée
- Apporter crème solaire résistante à l'eau, chapeau et chaussures d'eau : l'ombre naturelle est rare et certains passages sont coquilliers.
- Prévoir un peu d'ombre portative — paréo tendu ou parasol de location — pour traverser les heures les plus chaudes.
- Prévoir des meticais ou de petites coupures en devises pour les vendeurs de sculptures, de tissus capulana et de noix de cajou, fierté du pays.
- Respecter les consignes de l'équipage sur les zones de baignade : les courants de marée peuvent être sensibles aux extrémités du banc de sable.
- Ne rien cueillir ni rapporter des récifs : l'écosystème de la baie est protégé.
Quand les derniers transbordeurs quittent le rivage, l'îlot retrouve exactement l'état dans lequel le matin l'avait trouvé : du sable, du vent, des oiseaux. C'est peut-être la leçon discrète de cette parenthèse mozambicaine. Il n'y avait rien à visiter, et pourtant personne ne remonte à bord les mains vides : chacun rapporte la sensation rare d'avoir eu, quelques heures durant, un morceau d'océan Indien presque pour lui seul.


