Vue depuis le canot pneumatique, l'île semble peinte. Un tapis de sésuvium couvre la lave, vert tendre pendant la saison des pluies, rouge et orangé dès que la sécheresse s'installe. Des cactus Opuntia dressent leurs raquettes au-dessus de ce sol changeant, et les silhouettes dorées de gros sauriens se déplacent lentement entre les troncs. South Plaza compte parmi les plus petits sites de visite des Galápagos, et pourtant rares sont les endroits de l'archipel où la vie se montre avec une telle densité.
Un débarquement au milieu des otaries
Les navires de croisière mouillent au large et les pangas conduisent les passagers jusqu'à un petit débarcadère de pierre, où l'accueil revient d'office aux otaries. Un bon millier d'entre elles vivent sur l'îlot, vautrées sur les rochers ou glissant dans l'eau turquoise du chenal qui sépare South Plaza de sa jumelle, North Plaza, réservée quant à elle à la recherche scientifique. Le sentier part du débarcadère et forme une boucle sur un terrain rocailleux, accessible à quiconque marche d'un pas prudent.
Le royaume des iguanes
L'îlot abrite l'une des colonies d'iguanes terrestres les plus denses des Galápagos, quelque 300 individus aux teintes jaunes et ocre. Chacun attend patiemment à l'ombre de son cactus la chute d'un fruit ou d'une fleur d'Opuntia, sa principale nourriture pendant la saison sèche. L'île réserve aussi une curiosité que les guides naturalistes se plaisent à raconter. Des mâles marins s'y sont accouplés avec des femelles terrestres, donnant naissance aux seuls iguanes hybrides connus de l'archipel, capables de grimper aux cactus comme de nager.
La falaise aux oiseaux
Le sentier grimpe doucement vers le sud de l'île, où la lave se rompt d'un coup dans une falaise battue par la houle. Le vent y porte les oiseaux marins qui planent à hauteur de regard, si près que l'on distingue le détail des plumages. Les photographes s'y attardent longuement, car la lumière de fin de journée embrase la paroi et le contre-jour découpe chaque profil ailé. Les mâles écartés des harems se regroupent au pied de ces parois, dans une zone que les naturalistes surnomment la colonie des célibataires. Face au large, l'horizon n'offre rien d'autre que l'océan Pacifique, et ce vide donne au lieu une intensité singulière.
| Repère | À savoir |
|---|---|
| Superficie | Environ 0,13 km², l'un des plus petits sites de visite |
| Débarquement | À sec, sur un débarcadère rocheux |
| Iguanes terrestres | Environ 300 individus, plus des hybrides uniques |
| Otaries | Environ 1 000, dont une colonie de mâles célibataires |
Une visite très encadrée
Comme partout dans l'archipel équatorien, la découverte se fait en petit groupe, accompagnée d'un guide naturaliste certifié par le parc national. Le sentier balisé se suit sans écart et une distance respectueuse s'impose avec chaque animal, même lorsque celui-ci s'installe au beau milieu du passage, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit. La sortie occupe une demi-journée, souvent complétée par une exploration en apnée ou par la découverte d'un mouillage voisin de Santa Cruz, dont la côte se profile à l'ouest. Ces règles, loin d'alourdir le parcours, en font tout le prix. Elles expliquent pourquoi la faune demeure ici d'une confiance désarmante, indifférente aux appareils photo qui crépitent à quelques mètres.
Une leçon d'équilibre
La boucle se termine là où elle a commencé, parmi les otaries du débarcadère. En une heure ou deux de marche, cette escale aura montré ce que les Galápagos font de mieux, une faune qui ignore la crainte de l'humain et un paysage qui change de couleur au fil des saisons. En remontant à bord, beaucoup de voyageurs se surprennent à guetter encore la falaise, espérant une dernière glissade dans la houle ou un battement d'ailes au ras de l'eau.


