Leur nom raconte leur histoire. Bien avant les croisières, les îles des Perles alimentaient les cours d'Europe en perles fines pêchées dans le golfe de Panama ; la plus célèbre d'entre elles, La Peregrina, passa des mains de la couronne espagnole à celles d'Elizabeth Taylor quatre siècles plus tard. Les huîtres perlières ont laissé la place aux voiliers et aux vedettes, mais l'archipel, ancré à une cinquantaine de kilomètres au large de Panamá, a conservé ce qui faisait courir les navigateurs : des eaux poissonneuses, des mouillages abrités et des plages qui se comptent par dizaines.
Contadora, la mondaine de l'archipel
La plupart des escales gravitent autour de Contadora, la plus équipée des îles. Son nom, hérité du temps où l'on y comptabilisait les perles avant leur départ vers Séville, dit bien son ancien rôle de comptoir. L'île se parcourt aisément à pied ou en voiturette : une petite piste d'atterrissage la traverse, des villas se cachent dans la végétation, et plus d'une dizaine de plages se répartissent le littoral, chacune avec son caractère. Certaines regardent le levant et se prêtent aux matinées calmes, d'autres accueillent restaurants de plage et bars les pieds dans le sable. On choisit la sienne comme on choisit une table en terrasse, selon l'heure et l'humeur.
Le rendez-vous des baleines
De juillet à octobre, l'archipel devient l'une des grandes pouponnières de baleines à bosse du Pacifique américain. Les femelles viennent mettre bas dans ces eaux tièdes et peu profondes, et les sorties d'observation partent alors dans toutes les directions. Voir une mère et son baleineau évoluer à quelques dizaines de mètres de l'embarcation, dans le silence coupé du seul bruit des souffles, compte parmi les grands moments qu'une escale puisse offrir. Certains opérateurs immergent un hydrophone : le chant des mâles emplit alors le bateau, et plus personne ne parle.
D'île en île
Autour de Contadora, les îlots se succèdent à courte distance de navigation. Les excursions font halte dans des anses désertes pour la baignade et la plongée en apnée au-dessus de fonds fréquentés par les tortues, les raies et les bancs de poissons tropicaux. Kayaks et planches à pagaie complètent souvent l'équipement embarqué. Le secteur a servi de décor à plusieurs éditions d'émissions de téléréalité d'aventure, et il suffit d'une plage vide bordée de forêt pour comprendre ce qui a séduit les producteurs : le paysage n'a besoin d'aucun aménagement pour faire son effet. Entre deux baignades, on scrute l'eau depuis le pont du bateau ; les fous bruns plongent autour des hauts-fonds, et les pélicans patrouillent en formation serrée au ras des vagues.
Conseils de traversée
Les navires mouillent au large et les transbordeurs déposent les passagers selon les marées, parfois directement sur le sable : des sandales amphibies simplifient la manœuvre. L'ombre naturelle reste rare sur les plages ; chapeau et écran solaire s'imposent, avec de l'eau en quantité. Un chandail léger rend service au retour, quand la vedette accélère face au vent du soir. Sur Contadora, quelques commerces dépannent pour l'essentiel, mais les distributeurs sont rares : prévoyez des dollars en petites coupures. Le retour vers le navire suit l'horaire des navettes, à respecter avec d'autant plus de soin que les distances de navigation allongent vite les délais.
Au moment du départ, quand les îles s'étirent sur l'horizon en une succession de dômes verts posés sur l'eau, on repense aux plongeurs qui descendaient ici chercher des perles en apnée, une pierre attachée à la cheville. Les trésors du golfe ont changé de nature : ils se mesurent désormais en heures de sable, en chants de baleines et en couchers de soleil. Ceux-là, au moins, se laissent rapporter sans coffre-fort.


