Le plus déroutant, aux Galápagos, n'est pas ce que l'on voit : c'est que rien ne s'enfuit. L'otarie reste vautrée sur le banc du quai, le fou à pattes bleues poursuit sa parade à deux mètres des marcheurs, l'iguane marin vous ignore avec application. Posé sur l'équateur à un millier de kilomètres des côtes de l'Équateur, l'archipel volcanique qui inspira Charles Darwin en 1835 demeure l'endroit du monde où la faune sauvage se laisse approcher avec le plus de naturel.
Un archipel sous haute protection
Ici, pas de terminal ni de grands quais : toutes les navigations se font à bord de petits navires autorisés, et chaque débarquement s'effectue en zodiac, sur des sites précis du parc national créé en 1959. Les règles sont strictes et font partie de l'expérience : sentiers balisés, guides naturalistes certifiés obligatoires, distance minimale avec les animaux, aucun objet naturel emporté. L'archipel fut le tout premier site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1978, et ce statut se mérite au quotidien.
Par où passe le voyage
La plupart des itinéraires commencent à l'île Baltra, dont l'aéroport reçoit les vols du continent, ou à San Cristóbal, dans la petite ville portuaire de Puerto Baquerizo Moreno. Puerto Ayora, sur l'île Santa Cruz, est l'agglomération principale : on y visite la station de recherche Charles-Darwin et son centre d'élevage de tortues géantes, avant de monter vers les hauteurs de l'île où ces mêmes tortues, à l'état sauvage cette fois, broutent dans les prairies humides entre les tunnels de lave.
Chaque île a son numéro d'artiste
Le propre de l'archipel est que les îles ne se ressemblent pas. Selon l'itinéraire fixé par le parc, on pourra croiser :
- les iguanes marins, seuls lézards du monde à brouter sous la mer, empilés sur les laves noires;
- les fous à pattes bleues et les frégates au jabot écarlate, en pleine parade selon la saison;
- le cormoran aptère, qui a renoncé au vol, et le seul manchot qui vive sur l'équateur;
- les otaries joueuses qui accompagnent les nageurs, requins inoffensifs et raies en prime;
- les albatros des Galápagos sur l'île Española, une partie de l'année.
Le masque et le tuba changent la donne : sous la surface, tortues vertes, bancs de poissons tropicaux et jeunes otaries joueuses transforment chaque mouillage en volière sous-marine, et les combinaisons prêtées à bord prolongent agréablement les sorties.
Deux saisons, deux ambiances
De décembre à mai, l'eau est plus chaude, le ciel plus lumineux, la végétation reverdit. De juin à novembre, le courant de Humboldt rafraîchit la mer, la brume matinale dite garúa accroche les hauteurs et la vie marine explose, au grand bonheur des amateurs d'apnée. Aucune des deux périodes n'est mauvaise; elles racontent simplement deux archipels différents.
Voyager en invité
Les Galápagos imposent une posture rare en voyage : celle d'invité dans un monde qui fonctionne très bien sans nous. Les formalités d'entrée au parc, la fouille des bagages contre les espèces invasives, les consignes répétées des naturalistes rappellent que l'équilibre est fragile et que chaque visiteur en est responsable à son tour. Loin d'alourdir le séjour, cette discipline lui donne son prix : on se surprend à marcher plus lentement, à parler plus bas, à regarder où l'on pose les pieds.
Ce que Darwin emporta, ce que vous emporterez
Darwin repartit avec des carnets de notes qui allaient changer la science. Le voyageur d'aujourd'hui remonte à bord avec quelque chose de plus modeste et de tout aussi durable : le souvenir d'un regard d'otarie croisé sous l'eau, ou d'une tortue centenaire traversant un sentier sans se presser. Les Galápagos ne se racontent pas très bien; elles se vivent, puis elles vous accompagnent.


