De l'autre côté de l'estuaire, les collines appartiennent déjà à la Thaïlande. Kawthaung occupe l'extrême pointe sud du Myanmar, face à la ville thaïlandaise de Ranong, et ce voisinage lui donne des airs de bout du monde animé : long-tails filant entre les deux rives, porteurs chargés de marchandises, appels des muezzins mêlés aux cloches des pagodes. Les Britanniques l'appelaient Victoria Point, en l'honneur de leur reine; la ville reprit son nom birman après l'indépendance de 1948, et les navires d'aujourd'hui y trouvent la porte d'entrée de l'archipel de Myeik.

L'arrivée face à la Thaïlande

Selon leur taille, les navires accostent à la jetée principale ou mouillent dans l'estuaire, avec transfert en annexe jusqu'au débarcadère du front de mer. L'escale plonge d'emblée dans le vif : le marché commence littéralement derrière le quai, et la rue principale grimpe aussitôt entre les échoppes. Tout se fait à pied, avec l'aide éventuelle des motos-taxis pour les points hauts.

La pagode au sommet

Sur sa colline au-dessus de la ville, la pagode Pyi Taw Aye déploie un stupa doré entouré de sanctuaires secondaires, dans l'esprit d'une Shwedagon en miniature. La montée, raide mais courte, se récompense d'un panorama complet : les toits de tôle en contrebas, le chenal parcouru d'embarcations, les îles qui se succèdent vers le large et la côte thaïlandaise en toile de fond. En fin de journée, la lumière rasante embrase le stupa et la mer prend des teintes de laque.

Le cap du roi guerrier

À la pointe extrême de la péninsule, une statue équestre de bronze marque le cap Bayint Naung, baptisé du nom d'un roi conquérant du seizième siècle. C'est le point le plus méridional du Myanmar continental : au-delà, il n'y a plus que des îles. Les habitants viennent s'y photographier, les voyageurs aussi, et le lieu résume bien cette géographie singulière, coincée entre montagne, frontière et océan.

Le marché et la vie frontalière

Le marché couvert et ses ruelles adjacentes composent le vrai spectacle de Kawthaung. Poissons luisants alignés sur la glace, paniers de piments, sacs de riz, or des bijoutiers, sarongs à carreaux, thé sucré servi sur des tabourets de plastique : tout l'échange entre deux pays transite par ces allées étroites. On y entend le birman, le thaï et les dialectes môn, pendant que les long-tails déversent leurs passagers en provenance de Ranong : les habitants des deux rives traversent quotidiennement pour commercer, comme si la frontière n'était qu'une formalité de plus dans la journée.

Vers l'archipel de Myeik

Kawthaung doit sa place sur les itinéraires de croisière à sa position de seuil : au nord commencent les quelque 800 îles de l'archipel de Myeik, l'un des derniers grands espaces insulaires presque vierges d'Asie du Sud-Est. Plages sans traces de pas, forêts intactes, villages de pêcheurs nomades moken : la plupart des navires qui font halte ici poursuivent leur route vers ces eaux, et l'escale prend alors des allures de prologue.

Repères utiles

  • La ville se parcourt à pied en une demi-journée; la pagode exige de bonnes chaussures.
  • On se déchausse dans les lieux de culte; tenue couvrante recommandée.
  • Le fuseau horaire du Myanmar diffère de 30 minutes de celui de la Thaïlande voisine : fiez-vous à l'heure du navire.
  • Le kyat est la monnaie officielle; petites coupures indispensables au marché.
  • La chaleur humide invite à prévoir eau et chapeau dès le matin.

Cap au large

Tandis que le navire redescend vers le large, la pagode dorée brille une dernière fois au-dessus des toits, puis les premières îles de l'archipel apparaissent droit devant. Kawthaung s'efface vite, mais elle laisse l'essentiel : le sentiment d'avoir franchi une porte discrète vers l'un des recoins les moins connus de l'Asie maritime.