Tout passe par le détroit de Kanmon : les cargos qui se suivent à touche-touche, les traversiers, les courants, et jusqu'aux fugues des poulpes que les pêcheurs remontent entre deux marées. Kitakyushu occupe la pointe nord de l'île de Kyushu, face à Shimonoseki, de l'autre côté de ce passage obligé entre mer du Japon et mer intérieure de Seto. Près d'un million d'habitants, un passé industriel assumé, un patrimoine portuaire soigné : la ville offre une escale nippone sans foule et sans décor surjoué.
Un accostage en zone industrielle
Les grands navires accostent le plus souvent au terminal à conteneurs de Hibiki, à 30 ou 40 minutes de route du centre : la sortie à pied y est interdite, et des navettes conduisent les passagers vers la gare centrale ou le quartier du vieux port de Moji. Les unités plus petites obtiennent parfois un poste à Moji même, au pied des bâtiments historiques. Dans les deux cas, mieux vaut planifier sa journée autour des navettes.
Kokura et son château
Au cœur de l'agglomération, le château de Kokura dresse son donjon massif au-dessus des douves, reconstruction fidèle d'une forteresse du XVIIe siècle. Le jardin attenant, avec sa maison de thé, ses pelouses impeccables et ses perspectives calculées sur le donjon, offre une parenthèse de calme après l'animation des artères commerçantes; à l'intérieur, expositions et maquettes racontent les seigneurs Ogasawara et l'ancienne étape de la grande route de Nagasaki. Les amateurs de curiosités pousseront jusqu'au musée TOTO, où le grand fabricant local retrace avec un sérieux tout japonais l'histoire... de la toilette moderne. À quelques rues, le marché couvert de Tanga, surnommé la cuisine de la ville, aligne poissons de la passe, légumes marinés et comptoirs où l'on mange debout parmi les habitués; le yaki udon, nouilles sautées nées ici dans l'après-guerre, y tient la vedette.
Mojiko Retro, la Belle Époque du Japon
Face au chenal, le quartier de Mojiko conserve les témoins de son âge d'or : au tournant du XXe siècle, Moji comptait parmi les grands ports du pays, aux côtés de Kobe et Yokohama. Gare de style néo-Renaissance en bois soigneusement restaurée jusqu'à ses lustres d'origine, anciens clubs de négociants où logèrent Einstein et son épouse lors de leur tournée nippone de 1922, douane de brique rouge : l'ensemble, regroupé sous l'appellation Retro, se parcourt à pied le long des quais. Une tour d'observation permet d'embrasser le ballet des navires dans l'un des passages maritimes les plus fréquentés d'Asie.
Sous le détroit, à pied
Curiosité peu connue : un tunnel piétonnier passe sous le bras de mer. En une quinzaine de minutes de marche sous la mer, on rejoint Shimonoseki et l'île de Honshu — l'occasion de traverser d'une grande île japonaise à l'autre en semelles de caoutchouc, photo de la ligne frontière à l'appui. Côté Shimonoseki, le marché de Karato, haut lieu du poisson-globe, récompense les marcheurs de ses étals de sushis à composer soi-même.
Trajets utiles
| Trajet | Durée indicative |
|---|---|
| Terminal Hibiki – gare de Kokura (navette) | 30 à 40 minutes |
| Gare de Kokura – Mojiko (train local) | environ 15 minutes |
| Quartier Retro – tunnel piétonnier de Kanmon | court trajet en autobus ou taxi |
La ville qui s'est réinventée
Longtemps symbole du Japon des aciéries, Kitakyushu a converti ses friches en musées, en promenades et en quartiers d'innovation environnementale. Il en reste une cité franche, industrieuse, fière de ses marchés, de ses ponts et de son bras de mer. En sortant du chenal au soir, quand s'allument le grand pont suspendu et les feux des cargos, on comprend que l'on a vu battre l'un des pouls maritimes du Japon.


