Là où la Váh rejoint le Danube, deux villes se regardent de part et d'autre du fleuve en portant presque le même nom : Komárno côté slovaque, Komárom côté hongrois. Les bateaux de croisière fluviale accostent sur la rive nord, au pied d'une cité qui fut l'une des places fortes majeures de l'Empire austro-hongrois et qui demeure aujourd'hui le principal foyer de la communauté hongroise de Slovaquie. L'escale se vit à pied, entre bastions de brique, places anciennes et cafés où les conversations glissent d'une langue à l'autre sans que personne n'y prête attention.
Une forteresse à la mesure d'un empire
À la pointe de la confluence s'étend la forteresse de Komárno, vaste ensemble de remparts, de casemates et de cours intérieures développé du XVIe au XIXe siècle, à l'époque où la frontière ottomane passait tout près. Les habitants rappellent fièrement que nulle armée ne l'a jamais prise d'assaut. On parcourt aujourd'hui ses glacis herbeux et ses murailles rousses en imaginant les garnisons entières qu'elle pouvait abriter, et les guides montrent volontiers l'inscription latine qui nargue l'ennemi depuis un bastion. Le dispositif défensif se prolongeait par les ouvrages de la rive sud : le Danube n'a pas toujours séparé les villes jumelles, il les a longtemps unies dans une même mission de verrou fluvial. L'ensemble compte parmi les plus vastes fortifications conservées d'Europe centrale, et sa candidature au patrimoine mondial revient régulièrement dans les conversations locales.
Places, clochers et musée du fleuve
Le centre historique se resserre autour de la place Klapka, bordée par l'hôtel de ville néo-Renaissance dont la façade claire domine les terrasses des cafés. Les rues voisines mènent à l'église Saint-André et ses deux tours baroques, ainsi qu'au musée du Danube, qui raconte la navigation, les crues, les pontonniers et la vie des riverains au fil des siècles. Komárno honore aussi ses enfants célèbres : le romancier Mór Jókai et le compositeur d'opérettes Franz Lehár, nés ici au XIXe siècle, ont chacun leur statue, et leurs mélodies comme leurs récits continuent de voyager bien au-delà de la région. Un café en terrasse suffit pour prendre le pouls des lieux : on y entend le slovaque, le hongrois et, l'été, toutes les langues du fleuve. Flâner ici prend peu de temps et en donne beaucoup.
La Cour de l'Europe
À deux pas du centre, une place récente surprend les marcheurs : la Cour de l'Europe, ensemble de façades dont chacune s'inspire de l'architecture d'un pays ou d'une région du continent. Pignons flamands, balcons méditerranéens, tourelles nordiques se côtoient autour d'un espace piéton semé de boutiques et de terrasses. L'endroit divise parfois les visiteurs, entre ceux qui y voient une fantaisie réussie et ceux qui préfèrent les pierres anciennes, mais il photographie bien l'idée que la cité se fait d'elle-même : un carrefour d'Europe centrale en modèle réduit, où chaque style a droit de cité autour de la même cour, et les enfants s'amusent à chercher le leur comme dans un jeu de piste.
L'escale en bref
- Accostage à quelques minutes à pied du centre historique.
- Forteresse, place Klapka, cour aux façades européennes : tout se rejoint en marchant.
- Monnaie : euro; le hongrois et le slovaque se côtoient partout.
- Pont routier vers la rive hongroise pour les plus curieux, papiers d'identité en poche.
Au moment où le bateau reprend le courant, les bastions glissent le long du bord, puis la confluence s'ouvre et le Danube reprend ses aises entre les saules. Komárno laisse une impression douce et un peu mélancolique : celle d'une ville qui a vu passer les empires et qui continue, entre deux rives et deux langues, de tenir sa place au bord du fleuve.


