Il fut un temps où les plus grandes maisons d'Europe s'habillaient de velours tissé ici. Krefeld, sur la rive gauche du Rhin, a bâti sa fortune sur la soie : dès le XVIIIe siècle, des familles mennonites venues chercher la liberté de culte y ont installé leurs métiers, et la « cité du velours et de la soie » fournissait les cours royales comme les ateliers de haute couture. Cravates, rubans et étoffes liturgiques partaient d'ici vers le monde entier. Les navires fluviaux font halte à Uerdingen, son ancien bourg portuaire, dont la promenade s'étire directement le long du fleuve. L'escale tisse ensemble deux histoires : celle du grand commerce rhénan et celle d'un fil précieux venu d'Orient.
Uerdingen, un balcon sur le Rhin
Les premiers instants appartiennent à la rive. Depuis le quai, la promenade d'Uerdingen aligne demeures anciennes, cafés et placettes face au va-et-vient des convois de barges, parmi les plus denses d'Europe. Le vieux centre, à deux pas, conserve son plan de bourg médiéval autour de l'église Saint-Pierre et du marché. On y prend facilement le rythme local : un café en terrasse, le journal, les cloches, les mouettes venues du fleuve. Un tramway relie ensuite Uerdingen au cœur de Krefeld, à une vingtaine de minutes; la ligne traverse faubourgs jardinés et anciennes cités ouvrières, petit voyage dans le quotidien rhénan.
Burg Linn, la forteresse aux douves
Entre le fleuve et la ville se cache l'un des châteaux les mieux conservés du Bas-Rhin. Burg Linn dresse depuis le XIIe siècle ses murs cernés d'eau au milieu d'un village resté intact, avec ses ruelles pavées et ses maisons basses. Le donjon se gravit, les salles se visitent, et le pavillon de chasse voisin abrite un musée archéologique où reposent les trouvailles d'un cimetière franc découvert à proximité, parmi les plus riches d'Allemagne. L'ensemble compose une plongée médiévale étonnamment complète, à quelques kilomètres seulement du quai.
Sur la route de la soie rhénane
Le patrimoine textile se découvre en deux lieux complémentaires. Le Musée allemand du textile, installé près de Burg Linn, conserve plus de 30 000 pièces, des tissus coptes aux velours de scène, une des collections les plus riches du continent. En ville, la Haus der Seidenkultur occupe un ancien atelier de tissage de paramentique : les métiers Jacquard d'origine y sont toujours en état de marche, et des bénévoles passionnés font claquer les navettes pour montrer comment naissait un brocart. On repart en regardant les étoffes autrement, et souvent avec un carré d'étoffe tissé sur place au fond du sac.
Une ville d'avant-garde discrète
La prospérité de la soie a laissé un autre héritage : le goût du beau. Dans les années 1920, l'industriel Hermann Lange a commandé à Ludwig Mies van der Rohe, futur directeur du Bauhaus, deux villas de brique aujourd'hui transformées en lieux d'exposition, Haus Lange et Haus Esters, jalons majeurs de l'architecture moderne européenne. Les amateurs d'architecture moderne y font un détour recueilli. Le centre aligne pour sa part ses « quatre murs » : les boulevards tracés au XIXe siècle autour du noyau ancien, ponctués de façades Art nouveau et de galeries marchandes.
Repères pour l'escale
| Depuis le quai d'Uerdingen | Accès |
|---|---|
| Vieux centre d'Uerdingen et promenade | À pied, quelques minutes |
| Burg Linn et Musée du textile | Environ 4 km; taxi ou transport en commun |
| Centre de Krefeld (Haus der Seidenkultur) | Tramway, une vingtaine de minutes |
Avant de remonter à bord
Au retour, la promenade d'Uerdingen accueille volontiers une dernière flânerie face au fleuve. Les barges glissent, chargées jusqu'à la ligne de flottaison, et l'on songe que la richesse de cette ville a toujours voyagé ainsi : par l'eau, patiemment, fil après fil. Krefeld n'élève pas la voix pour séduire; elle déroule son étoffe, et laisse au visiteur le soin d'en apprécier la trame.


