L'eau y est si sombre qu'elle avale la lumière : la tourbe des collines teinte le loch Ness d'un brun profond où la visibilité se compte en centimètres. Voilà sans doute pourquoi ce lac écossais nourrit les imaginations depuis quatorze siècles. Les navires de haute mer ne s'y aventurent pas, bien sûr : l'escale se vit au départ d'Invergordon ou d'Inverness pour les paquebots, ou à bord des petites unités qui empruntent le canal calédonien. Dans tous les cas, la journée conduit au cœur du Great Glen, cette faille géologique qui fend l'Écosse en diagonale, chapelet de lochs enchâssés entre les montagnes.
Un lac hors normes
Les chiffres donnent la mesure du lieu : 37 kilomètres de long, plus de 200 mètres de profondeur par endroits, et un volume d'eau douce supérieur à celui de tous les lacs d'Angleterre et du pays de Galles réunis. Les rives tombent à pic, les vagues s'y lèvent vite, et la brume s'y accroche au petit matin. Même sans monstre, le lieu impose une forme de respect silencieux que l'on ressent dès les premiers kilomètres de rive.
Le canal calédonien
Au début du XIXe siècle, l'ingénieur Thomas Telford relia les lochs du Great Glen par un canal inauguré en 1822, permettant aux bateaux de traverser l'Écosse sans affronter les tempêtes du nord. L'ouvrage fonctionne toujours : péniches et voiliers franchissent ses écluses de pierre au milieu des moutons. Les excursions en bateau partent notamment de Dochgarroch, près d'Inverness, et descendent vers les eaux libres en longeant bois et châteaux, dont l'élégant Aldourie posé au bord de l'eau.
Urquhart, la ruine la plus photographiée d'Écosse
À mi-rive, sur un promontoire avancé dans les flots, les ruines du château d'Urquhart résument sept siècles de guerres écossaises. Assiégé, repris, démantelé volontairement en 1692 pour n'être laissé à personne, il n'en reste qu'une tour, des pans de murailles et des caves ouvertes sur le ciel. On grimpe dans la tour Grant pour la vue plongeante sur le loch, on redescend par les pelouses où trônent une machine de siège reconstituée et les fondations de la grande salle. Le centre d'accueil projette un court film et expose les objets retrouvés sur place.
Drumnadrochit et la question qui fâche
Le village voisin de Drumnadrochit s'est fait une spécialité d'examiner la légende. Son centre d'interprétation, réaménagé récemment, passe en revue quatorze siècles de témoignages : la première mention remonte à saint Columba au VIe siècle, la fameuse photographie de 1934 fut démasquée comme canular, et les campagnes de sonar n'ont jamais rien trouvé de concluant. Le visiteur ressort avec une certitude au moins : le mystère se porte très bien ainsi.
Fort Augustus, l'escalier d'eau
À la pointe sud du plan d'eau, le bourg de Fort Augustus s'enroule autour d'un escalier de cinq écluses où les bateaux montent et descendent sous les yeux des promeneurs attablés. Le centre du canal calédonien y raconte l'épopée de Telford; les terrasses servent fish and chips et bières locales au bord de l'eau. C'est l'endroit rêvé pour conclure la boucle avant de reprendre la route du navire.
Organiser la journée
| Point de départ | Distance jusqu'à la rive | Formule habituelle |
|---|---|---|
| Invergordon (port d'escale) | Environ 50 km | Excursion en autocar, souvent avec croisière |
| Inverness | 10 à 15 km | Bateau depuis Dochgarroch ou autocar |
| Fort Augustus | Sur la rive sud | Croisières locales sur le loch |
Sur le chemin du retour, chacun jure qu'il n'a rien guetté à la surface, et chacun ment un peu. C'est la force de ce lac : il transforme les adultes les plus raisonnables en enfants qui scrutent les vagues. On quitte le Great Glen avec des images de murailles, d'écluses et d'eau noire, et cette pointe de doute délicieuse qui fait les grands souvenirs de voyage.


