Un traversier à câble glisse d'une rive à l'autre du Murray, chargé de voitures et de remorques à bateaux : c'est souvent la première image que retient le passager en arrivant à Mannum. Les bateaux à aubes s'amarrent à la berge de la Mary Ann Reserve, sous les gommiers, au pied même de la rue principale, à environ 80 kilomètres à l'est d'Adélaïde. Cette petite ville d'Australie-Méridionale porte un titre singulier : c'est ici qu'est né, en 1853, le tout premier vapeur à aubes du Murray, ouvrant un siècle de navigation commerciale sur le plus grand fleuve du pays.
Le berceau des bateaux à aubes
Le long de la berge, la chaudière du Mary Ann, ce vapeur pionnier construit par William Randell, trône au centre de la réserve qui porte son nom. Quelques pas suffisent pour rejoindre le Mannum Dock Museum, aménagé autour de l'ancienne cale sèche de Randell, unique vestige du genre le long du cours inférieur. Les salles retracent l'époque où laine, blé et passagers transitaient par dizaines de vapeurs, ainsi que la grande crue de 1956, dont les niveaux marqués sur les murs de la ville laissent songeur.
Le PS Marion, doyen des chaudières à bois
Amarré près du musée, le PS Marion, lancé en 1897, demeure l'un des derniers bateaux à aubes au monde encore propulsés par une machine à vapeur chauffée au bois. Selon le calendrier, il propose des sorties sur l'eau; le reste du temps, il se laisse admirer à quai, cheminée noire et roues rouges se reflétant dans l'eau brune. D'autres unités patrimoniales croisent régulièrement dans le secteur, et le grand Murray Princess, plus imposant bateau à roue de l'hémisphère Sud, y a son port d'attache.
La rue principale et les hôtels historiques
La rue principale grimpe doucement depuis la berge, bordée de commerces d'époque, de galeries et de cafés où les habitants prennent le temps de discuter. Deux hôtels historiques, le Mannum et le Pretoria, servent repas et bières fraîches face au courant; leurs vérandas constituent un poste d'observation idéal sur le va-et-vient du traversier. Trois circuits pédestres balisés relient les principaux témoins du passé de la ville, cartes disponibles au centre d'information installé dans le musée.
Le bac, institution locale
Le traversier à câble aperçu à l'arrivée mérite qu'on s'y attarde : gratuit et en service à toute heure, il constitue depuis des générations le trait d'union entre les deux rives, en l'absence de pont. Les habitants l'empruntent comme d'autres prennent l'ascenseur, et les pélicans en profitent pour quémander auprès des pêcheurs du quai voisin. S'accouder à la rambarde le temps d'une traversée offre un point de vue inédit sur la berge et ses falaises.
Nature au fil de l'eau
En aval de la ville, la promenade du sanctuaire d'oiseaux Hermann Gass serpente sur des passerelles parmi les eucalyptus rouges des berges, royaume des cacatoès et des pélicans. À une dizaine de kilomètres, les chutes de Mannum dévalent la gorge de Reedy Creek après les pluies d'hiver; le sentier d'un kilomètre, raide par endroits, récompense l'effort par de belles vues sur les parois rocheuses. Les falaises ocre qui encadrent la vallée, spectaculaires au soleil couchant, accompagnent quant à elles toute la navigation.
Ici, pas de monuments grandioses ni de foules : le programme tient en une flânerie le long de l'eau, un musée attachant, un vapeur qui fume encore et des oiseaux par centaines. Quand le bateau reprend sa route entre les falaises, les grandes roues battent la même cadence qu'il y a cent cinquante ans, et l'on comprend que sur le Murray, la lenteur n'est pas un défaut. C'est la manière locale d'habiter le fleuve.


