Le vent arrive avant l'île. Il court sur le pont, tend les pavillons du navire et froisse la mer d'Arabie en milliers d'écailles brillantes. Masirah, la plus grande île d'Oman, étire ses 95 kilomètres de sable et de roche à une vingtaine de kilomètres du continent, face à un désert qui semble se poursuivre sous l'eau. Aucun quai n'accueille les navires de croisière : on mouille au large, puis les annexes déposent les passagers sur le rivage, là où les pêcheurs tirent leurs barques depuis des générations.

Hilf, le bourg du nord

La vie insulaire se concentre à Hilf, à la pointe nord, là où accoste aussi le traversier du continent, après environ une heure et demie de traversée. Quelques rues suffisent à en faire le tour : des commerces d'alimentation, des cafés où l'on verse le thé à la cardamome, un marché où les prises du matin changent de main sans cérémonie. Les habitants croisent peu de voyageurs et le montrent à leur façon, par un salut discret ou un geste vers une chaise libre. Rien n'est mis en scène ici, et c'est précisément ce qui retient.

Deux côtes, deux caractères

Rien ne ressemble moins à la côte est que la côte ouest. À l'ouest, une lagune peu profonde s'étale entre l'île et le continent, plane comme un miroir, si bien que les amateurs de kitesurf du monde entier viennent y glisser quand les vents de la mousson soufflent avec constance, de mai à septembre. À l'est, l'océan Indien pousse ses vagues contre des plages ouvertes où quelques coques rouillées, échouées de longue date, rappellent que cette mer ne plaisante pas. Selon la saison et l'humeur du large, l'escale bascule d'un versant à l'autre :

  • les plages du nord, près de Hilf, faciles à rejoindre à pied ou en taxi;
  • la côte ouest et sa lagune, royaume du vent et des oiseaux limicoles;
  • la côte est, plus sauvage, pour marcher longtemps sans croiser personne;
  • les pointes du sud, où nichent les tortues et où la route se fait piste.

L'île des caouannes

Masirah abrite l'une des plus importantes populations nicheuses de tortues caouannes au monde. Chaque année, des dizaines de milliers de femelles remontent ses plages, surtout d'avril à octobre, pour creuser leur nid dans le sable. Les pontes ont lieu la nuit et leur observation demande des règles strictes : distance, silence, aucune lampe de poche. Même sans assister à ce moment, il suffit souvent de longer une plage au petit matin pour lire dans le sable les larges traces laissées par une visiteuse nocturne.

Flamants, crabes et baleines

La faune ne s'arrête pas aux tortues. Des flamants et des hérons arpentent les vasières à marée basse, immobiles puis soudain précis. La nuit venue, des colonies de crabes fantômes couvrent certaines plages, translucides et rapides, disparaissant dans leurs terriers dès qu'un pas approche. Au large, les eaux environnantes sont fréquentées par des baleines à bosse; les apercevoir relève de la chance, mais cette possibilité suffit à faire scruter l'horizon depuis le pont, au départ comme au retour.

Composer avec le terrain

Masirah ne se plie pas à un horaire. Les distances y sont plus longues qu'elles ne paraissent, les taxis peu nombreux, l'ombre rare. Mieux vaut choisir un seul objectif — une plage, la lagune, un tour du bourg — et lui laisser le temps de s'installer. De l'eau, un chapeau et une protection solaire sérieuse font partie de l'équipement de base, car le soleil d'Arabie ne fait pas de quartier, même quand le vent donne l'illusion de la fraîcheur.

Ce que l'on remporte

Au moment où l'annexe reprend la direction du navire, l'île se résume à quelques images nettes : un cargo rouillé posé sur le sable, une voile de kitesurf contre le bleu dur du ciel, la trace d'une tortue qui descend vers l'eau. Masirah n'a ni monument ni foule. Elle offre autre chose : la sensation d'avoir passé quelques heures dans un endroit que la mer d'Arabie garde encore pour elle, et l'envie de vérifier un jour si le vent y souffle toujours.