Une ligne bleue peinte à même le trottoir part de la porte du terminal et file vers le centre ancien. Il suffit de la suivre. Cette signalétique modeste, entretenue par des bénévoles qui distribuent plans et conseils en chemin, résume l'esprit de Mazatlán : une ville qui a retroussé ses manches pour remettre en valeur l'un des plus beaux ensembles du dix-neuvième siècle de la côte pacifique.
Suivre la ligne bleue
Depuis le quai, une navette franchit la zone portuaire jusqu'à l'entrée du terminal; de là, le vieux Mazatlán se rejoint à pied en quinze à vingt minutes. Fondée au dix-neuvième siècle avec un fort apport d'immigrants allemands — qui laissèrent en héritage la brasserie Pacífico et la musique de banda, cousine des fanfares bavaroises —, la vieille ville aligne façades néoclassiques aux teintes pastel, balcons de fer forgé et cours intérieures fraîches.
La Plazuela Machado et son théâtre
Le cœur battant du centre historique tient sur une place : la Plazuela Machado, entourée de terrasses et d'édifices restaurés. À l'angle se dresse le théâtre Ángela Peralta, inauguré dans les années 1870, tombé en ruine au vingtième siècle puis rouvert en 1992 après une restauration exemplaire. Sa salle à l'italienne, ses trois niveaux de loges et sa programmation toujours active en font l'un des lieux culturels les plus attachants du Pacifique mexicain. Les portes restent souvent ouvertes en journée pour la visite. Deux rues plus loin, la basilique de l'Immaculée-Conception surprend avec son néogothique jaune vif et ses intérieurs dorés.
Le marché Pino Suárez
Entre le centre et le front de mer, la halle de fer du marché Pino Suárez, montée au début du vingtième siècle, bourdonne du matin au soir : monticules de crevettes — la flotte crevettière locale compte parmi les plus importantes du pays —, fruits tropicaux, cuir, et comptoirs où les habitants avalent birria et tacos de marlin fumé. Le marlin fumé est la signature culinaire de la ville : y goûter fait partie de la visite au même titre que le théâtre.
Le malecón et les plongeurs
Le front de mer déroule ensuite l'une des plus longues promenades maritimes au monde, ponctuée de monuments — le pêcheur, les chevreuils qui rappellent le nom indigène de la ville, la vague déferlante. À la hauteur de la Glorieta El Clavadista, des plongeurs locaux s'élancent d'une plateforme d'une quinzaine de mètres dans les vagues qui battent les rochers, une tradition entretenue de génération en génération. Le secteur d'Olas Altas, au pied de la vieille ville, offre cafés en terrasse et vue sur les trois îlots qui ferment l'horizon.
L'heure de la banda
Impossible de passer une journée ici sans entendre la banda sinaloense : tubas, clarinettes et tambours résonnent depuis les restaurants de bord de mer, les kiosques et parfois les camionnettes qui promènent des orchestres entiers. Cette musique née de la rencontre entre fanfares d'immigrants et rythmes mexicains est l'âme sonore de l'État de Sinaloa. S'attabler devant un pescado zarandeado — poisson entier grillé au feu de bois, spécialité régionale — pendant qu'un orchestre s'installe à la table voisine constitue une immersion complète, sans billet d'entrée.
Pour prolonger
- Isla de la Piedra : traversée en panga depuis l'embarcadère proche du terminal, longue grève bordée de cocotiers et restaurants de poisson grillé.
- Colline du phare (El Faro) : montée d'environ 30 à 45 minutes vers l'un des phares naturels les plus élevés des Amériques, panorama complet sur la baie.
- Zona Dorada : la zone hôtelière moderne, à 15 ou 20 minutes en taxi, pour ceux qui cherchent boutiques et sable animé.
Le mot de la fin
Mazatlán récompense ceux qui marchent. Entre la ligne bleue, les façades ravivées et un théâtre sauvé de l'oubli, la ville raconte une renaissance urbaine menée avec patience et fierté. On remonte à bord avec l'impression rare d'avoir visité une escale qui s'est réinventée sans rien vendre de son âme.


