Des tours de verre plantées entre deux eaux, des coques blanches alignées comme à la parade, et cette lumière franche qui donne aux couleurs un cran de plus : l'arrivée à Miami annonce d'emblée la couleur. PortMiami, installé sur une île de la baie de Biscayne face au centre-ville, s'est taillé le titre de capitale mondiale de la croisière — nulle part ailleurs autant de passagers n'embarquent chaque année. Pour une fois, l'escale ne mène pas vers un port lointain : elle plonge au cœur d'une métropole qui est elle-même un carrefour des Amériques.
Prendre ses repères
Le centre-ville se trouve à deux ou trois kilomètres du terminal, quelques minutes en taxi; South Beach, de l'autre côté de la baie, à une dizaine de kilomètres, soit un quart d'heure de route. Tout l'art d'une journée d'escale consiste à choisir deux quartiers, pas davantage, et à leur laisser le temps de vivre. La tentation de tout embrasser se paie en heures de circulation; la retenue se récompense en moments.
South Beach et le quartier Art déco
Le long d'Ocean Drive et des rues voisines, des centaines d'immeubles des années 1930 composent la plus grande concentration d'architecture Art déco au monde : façades pastel, hublots, néons, auvents en aileron. On les admire en flânant, un jus de fruits à la main, entre la promenade de Lummus Park et la plage large comme un boulevard. Les sauveteurs veillent depuis des cabanes multicolores devenues aussi photographiées que les édifices; l'océan, turquoise et tiède, fait le reste. C'est la carte maîtresse de l'escale, et elle se joue à pied.
Little Havana, l'âme cubaine
Sur Calle Ocho, la Huitième Rue, Miami parle espagnol, sirote des cafecitos au comptoir et abat ses dominos au parc Máximo Gómez sous le regard des habitués. Les fabriques de cigares roulent encore à la main, les fresques célèbrent la musique et les héros de l'exil, et les glaciers proposent mangue, goyave et corossol. Une heure dans ce quartier en dit plus long sur l'identité de la métropole que n'importe quel belvédère : Miami est la capitale officieuse de l'Amérique latine, et elle en tire sa vitalité.
Wynwood, le musée à ciel ouvert
Anciennes entreprises et entrepôts du quartier de Wynwood ont été rendus aux peintres : des murales géantes couvrent des rues entières, renouvelées au fil des saisons, entourées de galeries, de microbrasseries et de cafés où la planche à roulettes tient lieu de moyen de transport. Le secteur se prête à une déambulation libre d'une à deux heures, appareil photo chargé. Entre deux fresques, on mesure le chemin parcouru par une métropole longtemps résumée à ses plages.
Musées et front d'eau
Plus près du navire, le front de baie aligne le Bayside Marketplace, ses quais animés et ses départs de croisières-promenades, ainsi que le Pérez Art Museum, dont les jardins suspendus regardent passer les paquebots. Les amateurs d'histoire salueront la Freedom Tower, campanile de 1925 devenu symbole de l'accueil des réfugiés cubains. Le soir venu, les tours du centre s'illuminent de couleurs changeantes et la baie se transforme en miroir.
Salut, à la prochaine
Miami se quitte en général par le chenal du Government Cut, entre South Beach et les îles résidentielles, sous les applaudissements silencieux des promeneurs qui saluent les navires depuis la pointe. Restent en mémoire le rose d'un néon, le sucre d'un café cubain, l'odeur d'iode et d'écran solaire. La métropole n'a rien caché, rien retenu : elle a tout donné d'un coup, et elle recommencera demain pour d'autres.


