Deux baies profondes entaillent la côte nord de Moorea, séparées par la silhouette massive du mont Rotui. C'est dans l'une d'elles, baie de Cook ou celle d'Opunohu, que le navire jette l'ancre : l'île ne possède aucun quai en eau profonde, et personne ne s'en plaint. Le trajet en transbordeur, une dizaine de minutes entre les crêtes vertes et l'eau translucide, compte parmi les plus belles entrées en matière de la Polynésie française.
Selon le mouillage, on débarque près du village de Papetoai ou de celui de Paopao. Dans les deux cas, la même impression s'impose : des montagnes déchiquetées plantées dans un lagon aux couleurs changeantes, et un rythme de vie qui ignore la hâte.
Le Belvédère, panorama sur les deux baies
La route qui grimpe dans la vallée d'Opunohu mène au point de vue le plus couru des environs. Du Belvédère, le regard embrasse d'un seul coup les baies de Cook et d'Opunohu, séparées par le Rotui, avec le récif en toile de fond. En chemin, la végétation change : cocotiers d'abord, puis champs d'ananas alignés à flanc de colline, forêt plus dense enfin. D'anciens marae, ces plateformes cérémonielles de pierre volcanique, bordent la route et rappellent que cette vallée fut longtemps le cœur habité de l'île. Les excursions en 4x4 ou en quad y ajoutent quelques pistes secondaires et une bonne dose de poussière rouge.
Le lagon, raison d'être de l'escale
Impossible de raconter Moorea sans entrer dans l'eau. Les sorties en catamaran ou en bateau à fond plat longent la côte nord et multiplient les arrêts d'apnée : tortues vertes près des passes, raies pastenagues habituées aux visiteurs sur les bancs de sable, requins pointes noires qui patrouillent sans inquiéter personne. Même depuis le rivage, masque et tuba révèlent des jardins de corail à quelques brasses. L'eau passe du turquoise à l'encre selon la profondeur, et l'on comprend vite pourquoi tant de voyageurs placent ce lagon au sommet de leurs souvenirs polynésiens.
La vallée d'Opunohu et les saveurs de l'île
Moorea cultive l'ananas avec une fierté évidente. Une fabrique locale transforme la récolte en jus et en confitures, et la halte dégustation figure dans la plupart des circuits guidés. Le fruit, plus petit et plus sucré que ceux des étals nord-américains, se mange ici à peine cueilli. Les circuits passent aussi par des points de vue sur la côte, des plantations de vanille et, pour qui s'intéresse à la culture polynésienne, le Tiki Village met en scène danses, artisanat et traditions du feu.
Organiser ses heures à terre
La route côtière boucle le circuit complet en une soixantaine de kilomètres : location de voiture ou de scooter, taxis et excursions organisées permettent d'en couvrir l'essentiel en une demi-journée. Ceux qui préfèrent rester près du point de débarquement trouveront à Papetoai un temple octogonal historique, quelques boutiques de paréos et de perles, et des rives ombragées où le temps passe sans effort. Prévoyez du liquide en francs pacifiques pour les petits achats, et de bonnes sandales pour les sorties en mer.
Au retour, quand le transbordeur s'éloigne du rivage, le Rotui prend la lumière du soir et les deux anses s'assombrissent lentement. Beaucoup de passagers restent sur le pont jusqu'à la levée de l'ancre. Moorea fait partie de ces îles qu'on ne quitte jamais tout à fait : elle s'installe quelque part dans la mémoire, entre le vert des crêtes et le bleu du lagon, et elle y reste.


