La navette du navire se fraie un chemin entre les jukung, ces pirogues à balancier peintes de couleurs vives que les pêcheurs balinais arment avant l'aube. Padangbai n'a rien d'un grand terminal : c'est un village portuaire de l'est de Bali, blotti dans une anse, d'où partent aussi les traversiers vers Lombok. Les paquebots mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, ce qui donne d'emblée à l'arrivée un parfum d'aventure douce.
Un village les pieds dans l'eau
Le front de mer se découvre en quelques minutes : barques tirées sur le sable, warungs qui grillent le poisson du matin, temples de quartier aux portes sculptées, offrandes de fleurs et d'encens déposées sur les seuils. La vie locale suit le rythme des départs de bateaux et des marées. On s'attable pour un jus de fruit de la passion ou un nasi goreng en observant le va-et-vient du quai, et l'on comprend vite que Padangbai se savoure sans programme précis.
Des plages à portée de sandales
Deux criques encadrent le village, accessibles à pied par de petits sentiers.
- Blue Lagoon, à une dizaine de minutes de marche au nord-est, aligne une courte plage de sable clair sur une eau translucide; on y observe poissons et coraux en apnée directement depuis le bord.
- Bias Tugel, de l'autre côté du promontoire sud, récompense une courte descente par une anse plus sauvage, appréciée pour la baignade quand la mer est calme.
Les amateurs de plongée trouvent sur place des centres qui organisent des sorties vers les sites voisins, réputés pour leur vie sous-marine.
Silayukti, le temple sur le promontoire
Sur la pointe qui ferme la baie au nord, le Pura Silayukti compte parmi les plus anciens temples de Bali. L'endroit est associé à la mémoire d'un sage qui aurait vécu ici au onzième siècle, et les Balinais y viennent en procession les jours de cérémonie, vêtus de blanc, paniers d'offrandes sur la tête. Depuis les murets du sanctuaire, la vue embrasse la baie, les toits de tôle et de tuiles et le détroit de Lombok. Les voyageurs sont les bienvenus à condition de porter le sarong et de respecter les espaces réservés aux fidèles.
L'est de Bali en excursion
Padangbai sert aussi de porte d'entrée vers une région restée plus rurale que le sud de l'île. Les excursions rejoignent en peu de temps le temple de Goa Lawah, célèbre pour sa grotte peuplée de chauves-souris, les salines artisanales du littoral voisin, où des familles récoltent encore le sel marin à la main, ou le hameau de Tenganan, l'une des communautés Bali Aga qui perpétuent un tissage rare, le double ikat. Un peu plus loin sur la côte, Candidasa aligne ses lagunes et ses lotus. Ces sorties donnent à voir des rizières, des manguiers et des villages où l'on vit au rythme des cérémonies.
Quelques attentions rendent la journée plus douce : un sarong dans le sac pour les temples, des sandales qui acceptent le sable, un masque et un tuba si l'on préfère son propre équipement, et des billets de petite valeur pour les warungs. La monnaie locale est la roupie indonésienne, et la négociation, toujours souriante, fait partie du jeu pour les souvenirs. Les vendeurs de fruits coupent mangues et ananas à la demande : difficile de trouver collation plus fraîche.
Au retour, quand l'annexe repart vers le navire dans la lumière dorée de l'après-midi, les jukung rentrent eux aussi de leur journée. Padangbai aura offert exactement ce qu'elle promettait depuis le premier regard : une journée balinaise à hauteur de village, entre encens, sel et corail, loin des foules du sud. Il en reste une impression de simplicité lumineuse qui accompagne longtemps la suite de la navigation.


