Une chouette orne les armoiries de Peine, et la légende qui l'explique vaut le détour à elle seule : un mitron, envoyé de nuit dans le clocher, prit des chouettes nichées pour des voleurs et donna l'alerte à toute la ville. Quatre siècles plus tard, la « ville aux chouettes » du Mittellandkanal accueille les bateaux de croisière fluviale avec la même bonhomie, à mi-chemin entre Hanovre et Brunswick, en plein cœur de la Basse-Saxe.
Le plus long canal d'Allemagne
Peine doit sa desserte fluviale au Mittellandkanal, le plus long canal du pays, qui coud d'ouest en est la Ruhr, la Weser et l'Elbe. Les berges plantées d'arbres se prêtent aux marches digestives et aux boucles à vélo ; les péniches de commerce défilent avec une régularité de métronome, chargées de céréales ou de conteneurs. Pour qui aime regarder passer les bateaux, l'endroit tient du fauteuil d'orchestre. Au crépuscule, joggeurs et cyclistes se partagent le chemin de halage, salués d'un signe par les bateliers.
Du marché au Burgpark
Le centre se découvre en une flânerie sans plan : place du marché bordée de maisons à colombages, façades reconstruites avec soin, terrasses qui débordent dès les beaux jours. L'église Saint-Jacques laisse monter les plus curieux dans sa tour, récompense panoramique à la clé, chouettes non garanties. À deux pas, le Burgpark occupe l'emplacement du château disparu qui donna naissance à la ville au XIIIe siècle ; il n'en reste que des ondulations de terrain et de vieux arbres, parfaits pour une pause à l'ombre. Des sentiers relient le parc aux berges, si bien que la boucle entière se fait sans croiser un seul feu de circulation. Le musée du district complète l'histoire locale, de la forteresse médiévale aux hauts fourneaux qui firent de Peine une cité de l'acier.
Le chocolat en vedette
La surprise sucrée de l'escale s'appelle Rausch : la célèbre maison chocolatière allemande a installé ici son univers, plantations reconstituées, fontaines de cacao et dégustations à l'appui. On y apprend d'où viennent les fèves, comment naît une tablette et pourquoi le pourcentage ne dit pas tout. Les familles y passent facilement deux heures ; les gourmands repartent avec des provisions qui ne verront pas la fin de la croisière. La boutique attenante vend les tablettes d'origine à prix d'usine, et le café maison verse un chocolat chaud dense comme un dessert.
Deux grandes voisines
La position au milieu du canal fait de l'escale un bon camp de base pour les excursions. À l'est, Brunswick déploie autour de son lion de bronze la mémoire d'Henri le Lion, cathédrale romane et places à colombages reconstituées ; à l'ouest, Hanovre répond avec les jardins baroques de Herrenhausen, parterres géométriques et grandes eaux en saison. L'une et l'autre se rejoignent en une petite heure de route, et les programmes du bord alternent souvent les deux selon les jours de la semaine.
Conseils d'escale
Tout se joue à distance de marche ou presque ; le centre est plat, les distances modestes, les commerces groupés autour du marché. Le mardi et le samedi, les étals ajoutent de la vie à la place. La cité n'a ni cathédrale ni palais, et ne prétend pas en avoir : l'intérêt tient à l'échelle humaine, aux conversations de comptoir et au plaisir simple d'une ville allemande moyenne qui vit d'abord pour elle-même.
En larguant les amarres
Le canal reprend son ruban rectiligne entre les peupliers, et Peine retourne à ses chouettes, à son acier et à son chocolat. On n'en repart pas transformé ; on en repart reposé, ce qui est une autre forme de voyage réussi. Les itinéraires fluviaux ont besoin de ces respirations-là, et elle les offre sans se faire prier.


