Peu de terminaux offrent pareille entrée en matière : le quai Swettenham touche littéralement George Town, et cinq minutes de marche suffisent pour passer de la passerelle aux rues classées de l'un des ensembles coloniaux les mieux préservés d'Asie du Sud-Est. Penang fut le premier comptoir britannique de la région, fondé en 1786, et son cœur marchand, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, superpose depuis les influences malaises, chinoises, indiennes et européennes. Une escale ici se vit à pied, l'estomac en éveil.

Fort Cornwallis et l'esplanade

Face au débarcadère, les murailles basses du fort Cornwallis marquent l'endroit où le capitaine Francis Light prit pied sur l'île. Canons, chapelle et poudrière se laissent parcourir en une demi-heure, avant de longer l'esplanade gazonnée où trône l'horloge victorienne offerte pour le jubilé de la reine. La brise du détroit y tempère la chaleur, et les bâtiments administratifs blancs composent un décor d'empire soigneusement conservé.

Le quartier des clans

En s'enfonçant dans la vieille ville, les maisons-boutiques aux volets pastel se succèdent, rez-de-chaussée marchand et étage familial, comme au temps des négociants hokkiens. Le sommet du genre s'appelle Khoo Kongsi : cette maison de clan chinoise, cachée au fond d'une cour, croule sous les sculptures dorées, les fresques et les toits ourlés de dragons. Tout près, les jetées des clans avancent leurs villages sur pilotis au-dessus de l'eau; celle du clan Chew, la plus visitée, aligne maisons de bois, autels fumants de bâtonnets d'encens et vue ouverte sur la rade.

L'art de rue d'Armenian Street

George Town doit une part de sa célébrité récente à ses murales. Depuis 2012, des artistes, dont le Lituanien Ernest Zacharevic, ont semé sur les façades des scènes malicieuses mêlant peinture et objets réels : enfants à bicyclette, balançoires, chats géants. Armenian Street et ses environs en concentrent l'essentiel, et la chasse aux œuvres, plan en main, transforme la flânerie en jeu de piste. Les cyclos-pousse à baldaquin fleuri proposent leurs services aux jambes fatiguées, clochette à l'appui. Entre deux découvertes, les boutiques d'artisans et les maisons de thé invitent à ralentir.

Manger comme un insulaire

Penang passe pour la capitale gourmande de la Malaisie, et ses cantines de rue le confirment à chaque service :

  • char koay teow, nouilles de riz sautées à feu vif avec crevettes et pousses de soya;
  • asam laksa, soupe de poisson acidulée au tamarin, spécialité emblématique de l'île;
  • cendol, glace pilée au lait de coco et au sucre de palme, salutaire à midi.

Les étals se concentrent autour de Chulia Street et des marchés couverts; on commande en pointant, on s'assoit sur un tabouret de plastique et on comprend vite pourquoi les habitants défendent leurs recettes avec passion. Quelques ringgits suffisent par assiette, monnaie locale de préférence.

Plus loin, plus haut

Si l'escale s'étire, le temple Kek Lok Si, l'un des plus vastes complexes bouddhiques d'Asie du Sud-Est, étage ses pagodes à flanc de colline en périphérie, tandis que le funiculaire de Penang Hill hisse ses wagons vers la fraîcheur et un panorama qui embrasse le détroit jusqu'au continent. Ces sorties demandent un taxi et une demi-journée; le centre patrimonial, lui, se suffit amplement pour combler les heures à quai.

Retour par Beach Street

En revenant vers le navire par ses arcades bordées de banques centenaires et de cafés installés dans d'anciens entrepôts, on mesure la chance d'avoir tout fait à pied. Les mosquées, temples hindous et sanctuaires chinois croisés en chemin, parfois dans la même rue, résument la recette de l'endroit : plusieurs mondes, un seul quartier. George Town se donne sans navette ni file d'attente, généreuse et parfumée. On remonte à bord en calculant déjà quel plat manquera le plus.