En 1620, une poignée de colons quittait ce rivage à bord du Mayflower pour fonder la Nouvelle-Angleterre. Quatre siècles plus tard, on aborde Plymouth par le même plan d'eau, le Sound, une rade profonde gardée par un brise-lames et des collines vertes. Les navires de taille moyenne s'amarrent aux quais de Millbay, à environ deux kilomètres du centre; les plus grands mouillent dans la rade et déposent leurs passagers en annexe au débarcadère du Barbican, en plein quartier historique.

Le Hoe, balcon sur le Sound

Commencez par l'esplanade du Hoe, vaste pelouse en surplomb où, selon la légende, Francis Drake acheva sa partie de boules avant d'affronter l'Armada espagnole en 1588. La tour rayée rouge et blanc qui s'y dresse, Smeaton's Tower, est un ancien phare du récif d'Eddystone, démonté puis remonté ici en 1877. Gravir ses marches étroites offre le meilleur panorama de la journée : la rade, le brise-lames au large et les traversiers qui glissent vers la Bretagne; par beau temps, des dizaines de voiles blanches animent le plan d'eau. Juste derrière, les murailles de la Citadelle royale, forteresse du dix-septième siècle toujours occupée par l'armée, rappellent la vocation défensive du site.

Le Barbican, pavés élisabéthains et porte de l'Amérique

En contrebas du Hoe, le vieux quartier du Barbican a survécu aux bombardements qui ont rasé le centre moderne en 1941. Ses ruelles pavées, New Street en tête, alignent maisons anciennes, galeries d'art et comptoirs de fruits de mer autour du bassin de Sutton, premier havre de la cité. Face à l'eau, un portique de pierre marque les Mayflower Steps, point de départ symbolique des Pères pèlerins; une exposition voisine retrace leur traversée et les liens tissés depuis avec l'Amérique. Quelques pas plus loin, la distillerie Black Friars, où l'on produit le gin de Plymouth depuis 1793, ouvre son alambic aux curieux dans un ancien couvent. Sur New Street, l'Elizabethan House, étroite demeure de capitaine soigneusement restaurée, plonge quant à elle dans le quotidien des années 1600, planchers penchés et mobilier d'époque compris.

L'aquarium national et le regard vers le large

De l'autre côté d'une passerelle piétonne, l'Aquarium marin national, le plus grand du Royaume-Uni, plonge dans les eaux de la Manche et des récifs lointains. Ses bassins profonds impressionnent autant les enfants que les adultes, et la sortie s'insère facilement dans une escale de quelques heures; comptez environ deux heures pour en faire le tour sans se presser. C'est aussi une manière de comprendre ce qui définit la cité depuis toujours : ici, tout vient de la mer et tout y retourne, des morutiers d'autrefois aux navires océanographiques d'aujourd'hui.

Suggestions selon le temps disponible

  • Deux heures : le Hoe, Smeaton's Tower et une boucle dans les ruelles du Barbican.
  • Une demi-journée : ajoutez l'aquarium ou la distillerie, puis un fish and chips face au bassin de Sutton.
  • Journée complète : poussez en autocar vers les landes du parc national de Dartmoor, à une trentaine de minutes de route, où poneys en liberté et blocs de granit composent un tout autre décor.
  • Depuis Millbay : le Royal William Yard, ancien arsenal de ravitaillement de la marine reconverti en restaurants et galeries, se rejoint en une vingtaine de minutes de marche.

Le dernier regard

Au moment où le navire reprend le Sound, le regard suit la côte du Hoe jusqu'au phare rayé, puis se perd vers le large, exactement comme celui des familles qui regardaient partir le Mayflower. Bombardée, reconstruite, la cité ne s'est jamais détournée de la mer qui l'a faite. Plymouth laisse cette impression particulière des villes de départ : on n'y termine pas un voyage, on y attrape l'envie d'en commencer un autre.