Deux escales en une : voilà le vrai visage de cette porte maritime de la Malaisie. Sur l'île de Pulau Indah, entre mangroves et portiques, le premier complexe portuaire du pays reçoit les navires à son terminal de croisière; à moins d'une heure de route scintillent les tours de Kuala Lumpur, l'une des capitales les plus spectaculaires d'Asie du Sud-Est. La journée se joue donc sur un choix : filer vers la métropole et ses icônes, ou prendre le temps de la vieille cité royale voisine, que la plupart des passagers ignorent.
Le terminal et la route
Le centre de croisières dispose d'un bâtiment d'accueil moderne avec bureau de change, boutiques, cafés et comptoirs d'excursions. Kuala Lumpur se trouve à environ 40 kilomètres : comptez de 45 à 60 minutes par autoroute selon la circulation, matinale ou non, en excursion organisée, en taxi négocié ou par application de transport, très répandue au pays. Une visite de la capitale demande six à sept heures aller-retour pour en voir deux ou trois sites sans courir.
Kuala Lumpur, la verticale
La silhouette jumelle des tours Petronas domine le quartier des affaires : on peut monter à la passerelle qui relie les deux fûts d'acier et d'un verre étincelant, ou simplement lever les yeux depuis le parc KLCC, où les habitants pique-niquent au pied des géantes, entre fontaines et sentiers ombragés. La tour de télécommunications KL Tower, sur sa colline boisée, offre l'autre grand panorama. En contrebas, le vieux cœur colonial — place Merdeka, bâtiments mauresques, gare centenaire — s'explore à pied jusqu'au Central Market aux étals d'artisanat et à l'effervescence de la rue Petaling, le marché de Chinatown. L'ensemble rappelle l'époque où la cité n'était qu'un comptoir d'étain au confluent de deux rivières boueuses, ce que son nom signifie littéralement.
Les grottes de Batu
Au nord de la capitale, un escalier monumental aux marches multicolores gravit la falaise calcaire vers les grottes de Batu, sanctuaire hindou veillé par une statue dorée géante du dieu Murugan, haute comme un immeuble. Dans la grande caverne, temples colorés et singes chapardeurs cohabitent sous des voûtes percées de lumière. Le site, très fréquenté, se combine bien avec la ville en une seule excursion; épaules et genoux couverts pour les visiteurs qui entrent dans les temples.
Klang la royale, à contre-courant
Ceux qui préfèrent éviter la route de la capitale trouveront à Klang même, siège historique du sultanat de Selangor, une immersion sans mise en scène : la galerie royale Sultan Abdul Aziz installée dans un élégant bâtiment colonial, la grande mosquée, des temples chinois enfumés d'encens et l'un des quartiers indiens les plus vivants de la péninsule, où saris, guirlandes de jasmin et étals de banana leaf rice composent un dépaysement complet à quinze minutes du port.
La table malaisienne
Impossible de repartir sans goûter la trinité culinaire du pays : cuisines malaise, chinoise et indienne se répondent dans les cours alimentaires et les échoppes de rue. Satays grillés au charbon, laksa au lait de coco, roti canai étiré à la volée, nasi lemak servi dans sa feuille de bananier; Klang s'enorgueillit d'être la patrie du bak kut teh, bouillon mijoté aux herbes que les gourmets viennent goûter de toute la péninsule.
Deux Malaisie dans une journée
Que l'on ait choisi les tours de verre ou les temples d'encens, le retour par la même autoroute laisse mesurer le chemin parcouru en deux générations. Port Klang n'est pas la plus spectaculaire des portes malaisiennes — c'est la plus honnête : celle qui montre, sans filtre, un royaume d'Asie du Sud-Est lancé à pleine vitesse entre ses traditions et son avenir.


