Les hydravions se posent entre les voiliers, les traversiers glissent vers les îles voisines, les montagnes de la chaîne côtière ferment l'horizon : la rade de Nanaimo vit à un rythme bien à elle. Deuxième ville de l'île de Vancouver, l'ancienne cité charbonnière devenue plaque tournante de la plaisance reçoit les navires à son terminal dédié, à un peu plus d'un kilomètre des rues commerçantes, qu'une navette gratuite dessert habituellement lors des escales en passant par les principaux points d'intérêt.
Une promenade au fil de l'eau
Le meilleur point de départ reste le Harbourfront Walkway, une promenade aménagée de quatre kilomètres qui épouse la rade. On y longe les pontons de plaisance, les quais des pêcheurs où s'achètent crevettes tachetées et crabes dormeurs directement des bateaux — les habitants viennent y remplir leur glacière le week-end —, puis le parc Maffeo-Sutton et sa lagune de baignade, avec les allées et venues des hydravions en toile de fond. Des bancs bien placés invitent à s'attarder ; les photographes, eux, guettent l'amerrissage suivant, annoncé par un bourdonnement caractéristique au-dessus des mâts.
Le Bastion et la mémoire du charbon
Au-dessus du bassin se dresse une tour de bois blanche à trois étages, octogonale et percée de meurtrières : le Bastion, élevé en 1853 par la Compagnie de la Baie d'Hudson pour protéger le comptoir minier naissant au temps où le charbon de l'île alimentait les vapeurs du Pacifique. C'est aujourd'hui l'un des rares ouvrages du genre encore debout au pays. En été, un tir de canon quotidien précédé de cornemuses rassemble badauds et gamins ravis à l'heure de midi. Le musée municipal, à quelques rues, complète le récit : culture du peuple snuneymuxw — dont le nom même de la ville dérive —, galeries de charbon qui couraient sous les rues, grands incendies et renaissance portuaire. Les mineurs venus d'Écosse, d'Angleterre et de Chine ont laissé ici des quartiers entiers, et cette mosaïque se lit encore dans les registres exposés.
Vieux quartier et douceur locale
En grimpant la colline, on atteint l'Old City Quarter, un secteur d'anciens commerces réhabilités où libraires indépendants, torréfacteurs et tables misant sur les produits insulaires occupent des façades du début du XXe siècle. C'est aussi le territoire d'une institution sucrée : la barre Nanaimo, dessert canadien par excellence, trois étages de chocolat, de crème pâtissière et de noix de coco, dont la ville revendique fièrement la paternité. Un circuit gourmand officiel, dont la carte se ramasse au bureau d'information touristique, recense les dizaines d'établissements qui en proposent leur version, de la classique à la plus extravagante, glacée ou même frite. Y goûter sur place relève du devoir de voyageur, de préférence avec un café de torréfaction locale, attablé devant une façade d'époque.
Saysutshun, l'île d'en face
À dix minutes de traversier du centre, l'île Saysutshun (Newcastle) déploie son parc provincial sans voitures, ses sentiers en forêt côtière et ses plages de galets où paressent les phoques. Le peuple snuneymuxw, qui gère la destination, y propose des interprétations culturelles autour des plantes médicinales et des récits fondateurs du territoire. Par temps clair, la boucle du littoral offre des vues dégagées sur la rade et les sommets enneigés de la côte continentale ; comptez deux à trois heures pour en profiter sans se presser, pique-nique au sac et gourde pleine.
Larguer les amarres
Nanaimo n'écrase pas son visiteur : elle l'apprivoise. Une tour de bois, un canon de midi, une barre chocolatée, un hydravion qui décolle dans le soleil — autant de petites scènes qui composent, mises bout à bout, le portrait d'une cité portuaire bien dans son époque. On remonte à bord détendu, avec l'impression d'avoir passé la journée chez des gens heureux d'être là.