Fanning Island Line Islands, Kiribati
Kiribati

Il n'y a ni quai en béton, ni terminal, ni autocar à l'arrivée à Fanning. L'annexe s'engage dans l'English Channel, l'étroite passe qui perce l'anneau de corail, et débouche sur un mouillage que les cartes nomment English Harbour. Sur la plage, presque tout le village attend déjà : Tabuaeran, son nom officiel, reçoit si peu de navires que chaque arrivée devient un événement pour les quelque 2 000 habitants de l'atoll.

Un atoll des îles de la Ligne

Fanning appartient aux îles de la Ligne, un chapelet d'atolls de la république de Kiribati égrené au sud d'Hawaï, à des milliers de kilomètres de toute grande ville. Pas d'aéroport avec liaisons régulières, pas de réseau électrique généralisé : le ravitaillement dépend du bateau. Cette solitude explique ce que le passager découvre en mettant pied à terre : une vie insulaire restée très proche de ce qu'elle était il y a un siècle.

L'accueil au maneaba

Les premiers pas mènent souvent au maneaba, la grande maison commune au toit de pandanus qui sert de cœur aux communautés de Kiribati. Les habitants y présentent danses et chants traditionnels, exécutés avec un sérieux et une énergie qui n'ont rien d'un spectacle formaté. Autour, un marché d'artisanat s'improvise sur des nattes : colliers de coquillages, paniers tressés, timbres de collection et couteaux ornés de dents de requin, à régler de préférence en petites coupures américaines.

Le câble qui reliait l'Empire

Une courte marche depuis la plage conduit aux vestiges d'une page d'histoire étonnante : la station du câble télégraphique transpacifique, ouverte en 1902. Fanning servait de relais sur la « All Red Line », la ligne qui reliait le Canada à l'Australie en ne touchant que des territoires britanniques. Le croiseur allemand Nürnberg vint d'ailleurs saboter la station en septembre 1914, un épisode oublié de la Grande Guerre en plein Pacifique. Quelques bâtiments et machines rouillées subsistent parmi les cocotiers.

Le lagon, les palétuviers et le coprah

Le reste de la journée se passe dehors. Le lagon offre une baignade calme et un tuba agréable près du chenal, où l'eau circule claire entre les patates de corail. En suivant un guide du village, on découvre les fermes d'algues, l'école, les cochons sous les arbres à pain et le séchage du coprah, principale ressource locale avec la pêche. Les promenades en pirogue à balancier, proposées sur la plage, permettent de voir l'anneau de terre depuis l'intérieur du lagon.

L'atoll a aussi son heure de gloire moderne : au début des années 2000, une compagnie de croisière américaine y faisait relâche chaque semaine afin de satisfaire aux lois maritimes exigeant une touche de port étranger depuis Hawaï. Les habitants se souviennent encore de cette époque d'abondance relative. Depuis, les visites se sont raréfiées, ce qui rend chaque journée d'autant plus précieuse, pour eux comme pour vous. Les achats faits sur place comptent réellement dans l'économie des familles.

Détail amusant pour les amateurs de fuseaux horaires : les îles de la Ligne vivent à UTC+14, le fuseau le plus avancé du monde. Tabuaeran fait donc partie des tout premiers endroits de la planète à saluer chaque nouvelle année, à des heures où le Québec est encore à la veille.

Conseils pour l'escale

  • Apporter du liquide en dollars américains, petites coupures; aucune carte acceptée.
  • Prévoir chapeau, eau et souliers d'eau; l'ombre se limite aux cocoteraies.
  • Respecter les usages : épaules couvertes au maneaba, demander avant de photographier.
  • Aucune infrastructure médicale ou touristique : tout se passe au rythme du village.

Au retour, quand l'annexe refranchit la passe, beaucoup de passagers restent silencieux. Fanning ne montre ni monument ni panorama spectaculaire; l'atoll offre quelque chose de plus rare, la rencontre d'une communauté qui vit avec presque rien au milieu de l'océan, et qui vous a accueilli comme un invité plutôt que comme un client. Ce genre de journée ne s'achète pas ailleurs.