Il faut le préciser d'entrée de jeu : Queenstown ne possède ni quai maritime ni terminal de croisière. La ville s'accroche aux rives du lac Wakatipu, au cœur des Alpes du Sud, à des kilomètres de l'océan. Elle apparaît pourtant dans bien des carnets de voyage de croisiéristes, comme étape terrestre avant ou après un itinéraire néo-zélandais, ou comme point de départ des excursions vers les fjords que les navires longent au sud de l'île. Quiconque prolonge sa croisière de quelques jours finit souvent ici, entre montagnes déchiquetées et eau couleur d'acier.
Un décor de montagnes et d'eau froide
Le lac Wakatipu dessine un long éclair bleu entre les sommets. Face à la ville se dresse la chaîne des Remarkables, dont les arêtes accrochent la neige une bonne partie de l'année. Le front de lac concentre la vie locale : cafés, pontons de bois, kayaks tirés sur les galets. On s'assoit sur la digue, un cornet de crème glacée à la main, pendant que les parapentes descendent des crêtes en larges spirales.
À bord du TSS Earnslaw
Depuis le débarcadère central appareille le TSS Earnslaw, un vapeur lancé en 1912, la même année que le Titanic. C'est le dernier navire à passagers chauffé au charbon de l'hémisphère Sud. La traversée de 90 minutes mène à la ferme d'altitude de Walter Peak, où l'on assiste à la tonte des moutons et au travail des chiens de berger. Sur le pont, on observe la salle des machines ouverte aux regards, les bielles luisantes, la fumée noire qui monte droit dans l'air froid : une leçon d'histoire flottante.
La télécabine de Bob's Peak
Juste derrière les rues du centre, la télécabine Skyline grimpe à flanc de montagne jusqu'au belvédère de Bob's Peak. Là-haut, le panorama embrasse le lac, la ville et les Remarkables. Les plus joueurs enchaînent les descentes de luge sur piste; les autres s'attardent devant la vue, un chocolat chaud entre les mains. Au retour, les boutiques de laine mérinos et les comptoirs de burgers réputés occupent aisément une fin d'après-midi.
La route des fjords
Queenstown sert aussi de porte d'entrée vers le parc national de Fiordland. La route qui mène à Milford Sound demande environ quatre heures dans chaque sens, à travers la vallée d'Eglinton, les Mirror Lakes et le tunnel Homer; les excursions d'une journée s'étirent sur une douzaine d'heures et culminent avec une navigation sous les parois du fjord, près des chutes Stirling. Certains visiteurs préfèrent l'hélicoptère, qui rejoint le fjord en une trentaine de minutes au-dessus des glaciers. C'est le même paysage que les navires admirent depuis la mer de Tasman, vu cette fois de l'intérieur des terres.
Adrénaline en option
La région a inventé le saut à l'élastique commercial, et les ponts des environs attirent toujours les amateurs de vide. Bateau-jet dans les gorges de la Shotover, sentiers en balcon au-dessus du lac, vignobles de pinot noir de la vallée de Gibbston : chacun compose son programme selon son rythme et son goût du vertige. À vingt minutes de route, l'ancien village aurifère d'Arrowtown aligne ses cottages de mineurs et ses saules le long de la rivière où l'on tamise encore quelques paillettes; ses cafés et son petit musée méritent le déplacement, surtout en automne quand les feuillages s'embrasent.
Le dernier regard
Au crépuscule, les sommets virent au violet et les lumières du front de lac se reflètent dans l'eau immobile. On comprend alors pourquoi tant de voyageurs ajoutent ces quelques jours de terre ferme à leur itinéraire en mer : la Nouvelle-Zélande se raconte autant depuis ses montagnes que depuis ses côtes. Queenstown en est le balcon, et il reste tant de vallées à parcourir autour.


