Un margrave qui rêvait de Versailles : c'est ainsi que Rastatt est entrée dans l'histoire. Vainqueur des armées ottomanes, Louis-Guillaume de Bade-Bade, que l'Europe surnommait « Türkenlouis », fit transformer dès 1700 son pavillon de chasse en une résidence d'apparat confiée à l'architecte italien Domenico Egidio Rossi. Le résultat, premier grand ensemble baroque du Rhin supérieur, domine encore le centre de cette ville badoise que les croisières fluviales font découvrir depuis la rive du fleuve.
De Plittersdorf au centre-ville
Les bateaux accostent à Plittersdorf, le plus ancien quartier de Rastatt, posé directement sur le Rhin face à l'Alsace. Un appontement moderne y accueille depuis 2017 des unités de croisière de grande taille, à quelques mètres du bac qui relie toute l'année la rive allemande au village français de Seltz. Le centre historique se trouve à environ six kilomètres : les excursions organisées et les navettes franchissent la distance en une quinzaine de minutes à travers les champs de la plaine rhénane. Ceux qui restent près du fleuve découvrent un village au caractère bien trempé, où les anciennes maisons de pêcheurs regardent passer les convois de péniches entre les prairies inondables.
Le château résidentiel
Impossible de manquer l'édifice : trois ailes monumentales refermées sur une vaste cour d'honneur, une façade couleur sable et, au sommet, une figure dorée qui scintille au soleil. À l'intérieur, les enfilades d'apparat déploient stucs, dorures et plafonds peints en trompe-l'œil par des maîtres italiens. Les visites guidées mènent jusqu'à la salle des ancêtres, où le maître des lieux célébrait ses victoires militaires sous un plafond peint à sa gloire. La demeure servit de modèle à d'autres cours allemandes, et l'on comprend vite pourquoi : rien n'y semble laissé au hasard, de l'axe des jardins au moindre médaillon doré. Les lieux accueillent aussi un musée d'histoire militaire, tandis que les jardins à la française invitent à une promenade paisible entre les parterres.
Favorite, le château de porcelaine
À cinq kilomètres du centre, la veuve de Türkenlouis, Sibylla Augusta, se fit construire entre 1710 et 1727 une retraite d'été d'un raffinement rare, Favorite. Derrière sa façade incrustée de galets scintillants, les cabinets tapissés de faïences et de porcelaines lui valent son surnom. C'est l'un des rares « châteaux de porcelaine » d'Europe parvenus jusqu'à nous dans leur état d'origine; plusieurs excursions d'escale le combinent avec la visite principale.
Une petite ville, deux traités et une révolution
Rastatt a vu l'histoire européenne s'écrire à sa table. En 1714, le traité qui y fut signé mit fin à la guerre de Succession d'Espagne. Un siècle et demi plus tard, la ville devint le dernier bastion de la révolution badoise de 1849 : la forteresse fédérale s'y rendit après un long siège, et un mémorial installé dans le château retrace aujourd'hui ce combat pour les libertés démocratiques allemandes. Entre deux visites, la place du marché, l'église Saint-Alexandre et les façades baroques du centre se découvrent aisément à pied.
Repères pratiques
- Accostage à Rastatt-Plittersdorf, au bord du Rhin; centre-ville à environ 6 km par navette ou excursion.
- Résidence des margraves : intérieurs accessibles en visite guidée; jardins en accès libre.
- Favorite : à combiner avec la première visite, environ 15 minutes de route.
- Le bac de Plittersdorf permet une incursion à pied côté alsacien, vers Seltz.
Avant de larguer les amarres
Au retour vers le fleuve, les clochers de la plaine défilent derrière les vergers, et l'on mesure le contraste de cette escale : un village de pêcheurs au bord de l'eau, un palais à l'horizon, et entre les deux, trois siècles d'histoire européenne condensés dans une ville que peu de voyageurs savent situer sur une carte. C'est exactement ce genre de surprise qui donne son sel à la navigation sur le Rhin.


