Voici une escale sans quai ni passerelle. Rothenburg ob der Tauber ne touche aucun fleuve navigable : les navires amarrés sur le Main, à Wurtzbourg ou à Ochsenfurt, y envoient leurs passagers en autocar, par la Route romantique. Une heure de route à travers vignes et villages franconiens, et soudain les tours apparaissent : une ville fortifiée du Moyen Âge, posée sur son promontoire au-dessus de la vallée de la Tauber, si bien conservée qu'elle semble attendre le retour de ses marchands.
Des remparts que l'on parcourt à pied
Le chemin de ronde couvert fait presque le tour complet de la cité. On y grimpe par l'une des tours et l'on marche entre les toits et les créneaux, en regardant les jardins passer en contrebas. Les portes fortifiées, comme le Burgtor ou la tour Röder, ponctuent le parcours de leurs silhouettes coiffées d'ardoise. C'est la meilleure entrée en matière : comprendre la ville par son enceinte, comme la voyaient ceux qui l'approchaient jadis. Comptez une bonne demi-heure pour un demi-tour de cité, davantage si vous vous arrêtez à chaque meurtrière pour cadrer un clocher ou une cour cachée.
Le Plönlein et les ruelles
Au sud du centre, une petite place triangulaire réunit une maison à colombages jaune, une fontaine et deux tours en enfilade : le Plönlein, l'un des coins les plus photographiés d'Allemagne. Autour, les ruelles pavées montent et descendent entre enseignes de fer forgé et façades à pignons. Flâner sans itinéraire reste le meilleur moyen d'apprivoiser Rothenburg, en s'écartant de quelques mètres des rues principales pour retrouver le calme. Les boutiques d'artisans, coutellerie, pains d'épices, décorations de bois, occupent des caves et des arrière-cours qui méritent un coup d'œil.
La légende du Meistertrunk
Sur la place du marché, l'hôtel de ville mêle gothique et Renaissance, et sa tour récompense les courageux d'un panorama sur les toits rouges. En face, l'horloge de l'ancienne buvette des conseillers rejoue à heures fixes la scène du Meistertrunk : en 1631, pendant la guerre de Trente Ans, le bourgmestre Nusch aurait sauvé la ville en vidant d'un trait une chope de plus de trois litres. Légende ou pas, elle se célèbre encore chaque année lors d'un grand spectacle costumé.
Un retable de génie et deux musées singuliers
Dans l'église Saint-Jacques, le retable du Saint-Sang, sculpté par Tilman Riemenschneider au début du XVIe siècle, mérite qu'on lève longuement les yeux : sa Cène en bois de tilleul saisit les apôtres en plein mouvement. Changement complet de registre au musée du crime médiéval, qui expose instruments de justice et piloris d'autrefois, ou au musée de Noël, où sapins et décorations scintillent à l'année. Avant de repartir, le jardin du château offre une échappée sur la vallée de la Tauber, ses jardins en contrebas et ses chemins qui filent vers les hameaux.
Repères pratiques
- Accès en autocar depuis les escales du Main (environ une heure de route depuis Wurtzbourg).
- Rues pavées et montées courtes : prévoir de bonnes chaussures.
- Spécialité locale : le Schneeball, boule de pâte sucrée vendue dans les boulangeries.
- Monnaie : euro. Grande affluence en mi-journée; les remparts restent toujours plus tranquilles.
Redescendre vers le fleuve
Quand l'autocar reprend la route des vignes, les tours de Rothenburg s'effacent une à une derrière les collines. Il en reste une impression tenace : celle d'avoir marché quelques heures dans une gravure ancienne, entre remparts, pignons et légendes de buveurs héroïques. Le Main retrouvé, on se surprend à guetter déjà la prochaine silhouette fortifiée sur l'horizon franconien.


