Le navire remonte lentement le Skálafjørður, long bras de mer qui entaille l'île d'Eysturoy, aux Féroé. De part et d'autre, des pentes vertes striées de cascades, des fermes isolées, des moutons accrochés à des versants improbables. Puis Runavík apparaît : un chapelet de maisons colorées étiré le long de la rive, un quai en plein centre, des montagnes pour toile de fond. Ici, pas de transfert : on pose le pied directement dans le bourg.

Un bourg au bord de l'eau

La rue principale longe le fjord, entre l'église, quelques commerces et des jardins minuscules protégés du vent par des murets. Le petit musée local, installé dans une maison ancienne, évoque la vie d'autrefois : pêche, laine, hivers interminables. On salue les habitants qui jardinent ou réparent un bateau; l'accueil féroïen est réservé mais chaleureux, à l'image de ces îles où tout le monde se connaît. Sur l'eau, des anneaux flottants signalent l'élevage du saumon, pilier de l'économie féroïenne : les îles vivent toujours de la mer, simplement autrement.

Toftavatn, la lande et les oiseaux

À une demi-heure de marche tranquille du quai, le lac Toftavatn repose dans un paysage de landes de bruyère, rare dans l'archipel. Un sentier en fait le tour, entre touffes de linaigrettes et affleurements de basalte. Les huîtriers pies et les courlis y mènent grand bruit au printemps; par temps clair, les crêtes voisines se reflètent dans l'eau sombre. C'est la promenade idéale pour prendre la mesure du silence féroïen, à peine troublé par le vent.

Marcher au-dessus du fjord

Les randonneurs plus aguerris s'attaquent aux sentiers qui grimpent sur les hauteurs, dont certains suivent d'anciens chemins de village. L'effort est réel, la météo changeante, mais la récompense aussi : vue plongeante sur le Skálafjørður, sur les fermes éparses et, au loin, sur les silhouettes des autres îles. On redescend avec l'impression d'avoir marché sur le toit de l'Atlantique Nord. Renseignez-vous avant de partir : certains sentiers traversent des terres privées et demandent simplement de refermer les barrières derrière soi.

Plus loin sur Eysturoy

Les excursions permettent de rayonner : le village de Gjógv, au nord, blotti contre une gorge naturelle qui sert de port; les routes de montagne qui frôlent les plus hauts sommets de l'archipel; ou encore le tunnel sous-marin qui relie Eysturoy à la capitale, célèbre pour son rond-point creusé sous le fjord, le premier du genre au monde. À Leirvík, le site de Toftanes témoigne pour sa part de la présence viking dans les îles. Les routes elles-mêmes font partie du voyage : chaque virage ouvre une vallée suspendue, un hameau aux toits de tourbe, une cascade qui se jette droit vers la mer.

Repères pratiques

  • Accostage au centre du bourg : commerces, chandails de laine locale et rue principale à quelques minutes à pied.
  • Lac Toftavatn : boucle facile d'environ une à deux heures depuis le quai.
  • Météo instable : superposer les couches et prévoir un coupe-vent imperméable.
  • Monnaie : couronne féroïenne (la couronne danoise est acceptée); cartes bancaires partout.

Redescendre le fjord

Au départ, le navire glisse de nouveau entre les pentes vertes, et Runavík rétrécit jusqu'à n'être qu'une ligne de couleurs au pied des montagnes. Il reste de cette escale une sensation d'air pur et d'espace, le souvenir d'un lac sombre entouré de bruyères et la certitude que les Féroé ne ressemblent à aucun autre archipel. On garde longtemps en tête la lumière changeante du Skálafjørður.