Une odeur d'argile humide et de sardine grillée flotte sur les quais : bienvenue à Safi, premier port sardinier du Maroc et capitale de la céramique. Ici, pas de front de mer léché ni de circuit balisé. La ville travaille, pêche, façonne et cuit la terre comme elle le fait depuis des siècles, et c'est exactement ce qui rend la journée intéressante. Les navires accostent au cœur même de la cité, à un kilomètre et demi environ de la médina : quinze à vingt minutes de marche sur terrain plat suffisent pour plonger dans le Maroc des ateliers et des marchés.

Dar el Bahar, la sentinelle de l'océan

Premier jalon en sortant du port, la forteresse de Dar el Bahar, le « château de la mer », monte la garde sur le rivage depuis le XVIe siècle. Construite par les Portugais lors de leur bref passage, elle a conservé ses canons de bronze tournés vers l'Atlantique. Du haut de ses remparts, le regard embrasse les barques colorées des pêcheurs, la houle qui frappe les rochers et les toits blancs de la vieille ville.

La médina et la cathédrale inachevée

Juste derrière, la vieille ville grimpe doucement à flanc de colline, ceinturée de murailles ocre. On y circule entre étals d'épices, marchands de poteries et ateliers de tailleurs, dans une ambiance restée entièrement locale. Au détour d'une ruelle se cache un vestige singulier : la chapelle d'une cathédrale entreprise par les Portugais vers 1519 et jamais terminée, dont les voûtes de style manuélin surprennent au milieu des maisons marocaines. Plus haut, la Kechla, citadelle massive, domine l'ensemble de ses tours carrées.

La colline des Potiers

C'est le grand rendez-vous de l'escale. Sur la colline qui fait face à la médina, des dizaines d'ateliers perpétuent une tradition céramique transmise de maître à apprenti depuis des générations. On y regarde les tourneurs monter un bol en quelques gestes, les peintres tracer à main levée les motifs bleus qui ont fait la réputation de Safi, les fours à bois cracher leur fumée. Les artisans accueillent volontiers les curieux, expliquent la cuisson, l'émail, les pigments. Repartir avec un tajine ou un plat bleu acheté à la source, c'est emporter un morceau du pays.

Le port des sardines

Avant de remonter à bord, un dernier détour s'impose du côté du port de pêche. Les chalutiers y débarquent chaque jour des tonnes de sardines, pesées, triées et expédiées dans un joyeux vacarme. Quelques gargotes voisines les servent simplement grillées, avec du pain et un filet de citron. Les anciens racontent qu'elle fut longtemps le premier débarcadère de sardines de la planète, et les quantités déchargées chaque matin rendent la prétention crédible. Difficile de manger plus frais, ou plus local.

Et Marrakech ?

Certaines compagnies présentent Safi comme une porte vers Marrakech. La ville rouge se trouve à environ 150 kilomètres à l'intérieur des terres, soit près de deux heures et demie de route dans chaque sens : l'aller-retour se fait, mais il consomme l'essentiel de la journée. Ceux qui choisissent de rester découvriront une cité sans fard, où l'on peut tout faire à pied.

Distances depuis le quai

LieuDistanceTemps de marche
Dar el Bahar1 km10 à 15 minutes
Médina1,5 km15 à 20 minutes
Colline des Potiers2 km20 à 25 minutes
Marrakech150 kmExcursion organisée

En reprenant la passerelle, on garde sur les doigts un peu de poussière d'argile et, en mémoire, le bleu profond des ateliers. Safi n'a rien préparé pour les visiteurs, et c'est sa force : elle s'est contentée de continuer à vivre. Ceux qui aiment les escales vraies, où l'on serre des mains plutôt que de suivre un parapluie levé, en reparleront longtemps au souper.