Le premier souvenir que l'on garde de Salalah tient souvent en un parfum : celui de l'encens, récolté depuis des millénaires sur les arbres à boswellia des montagnes du Dhofar et exporté jadis vers Rome, la Perse et la Chine. La grande ville du sud d'Oman vit toujours au rythme de cette résine précieuse, entre plantations de cocotiers, plages immenses et vestiges des comptoirs qui firent sa fortune. Les navires accostent au port de Salalah, complexe moderne situé du côté de Raysut, à une vingtaine de kilomètres du centre ; taxis et excursions prennent le relais, car rien ne se visite à pied depuis le quai. Prévoyez de l'eau, un chapeau et des vêtements couvrants, par respect pour les usages locaux comme pour le soleil.

Quelques repères avant de partir

Site Situation Intérêt principal
Parc archéologique d'Al-Baleed En ville, front de mer Ruines classées à l'UNESCO et musée de l'encens
Souq d'Al-Husn Quartiers centraux Encens, parfums et artisanat
Plage de Mughsail À environ 40 kilomètres à l'ouest Falaises, sable blond et évents marins

Al-Baleed, la cité de l'encens

Sur le littoral de la ville s'étendent les ruines d'Al-Baleed, l'ancienne Zafar, port marchand qui prospéra du VIIIe au XVIe siècle grâce au commerce de la résine. Le site, inscrit au patrimoine mondial au sein de la Terre de l'encens, se parcourt à pied ou en voiturette entre les fondations de la grande mosquée, les remparts et la lagune fréquentée par les hérons. Le musée attenant retrace la route maritime qui reliait le Dhofar aux grandes civilisations anciennes ; on y comprend pourquoi cette gomme aromatique valait autrefois son pesant d'or.

Le souq et ses fumées odorantes

Direction ensuite le souq d'Al-Husn, où les échoppes se suivent dans un nuage bleuté. Les marchandes proposent la résine en cristaux classés par qualité, des brûleurs d'argile peints et des parfums composés sur place. Laissez-vous guider par l'odorat, comparez les variétés, et repartez avec quelques grammes de hojari, la qualité la plus recherchée : aucun souvenir ne condensera mieux l'escale. Autour du marché, la ville moderne vit sa vie ordinaire, entre étals de noix de coco fraîche et minarets immaculés ; la grande mosquée Sultan Qaboos, entourée de jardins soignés, dresse non loin sa silhouette blanche et mérite un arrêt photo, même depuis l'extérieur.

Cocotiers et bananeraies

Salalah surprend les voyageurs qui imaginent l'Arabie uniquement minérale. Grâce au khareef, la mousson d'été qui accroche ses brumes aux montagnes, la plaine côtière se couvre de plantations : bananes, papayes, canne à sucre et cocotiers bordent les routes, et des kiosques vendent des jus pressés à la demande. De juin à septembre, les collines environnantes verdissent au point d'évoquer des paysages tropicaux — un phénomène unique dans la péninsule.

Mughsail, falaises et embruns

À une quarantaine de kilomètres à l'ouest, la côte se cabre en falaises calcaires au-dessus d'une longue plage de sable clair. En chemin, la route frôle des lagunes côtières où hérons et échassiers pêchent en silence. Mughsail est le but d'excursion favori des croisiéristes : sous les promontoires, des évents naturels projettent des gerbes d'embruns quand la houle s'engouffre dans la roche, à quelques pas de pavillons ombragés parfaits pour un pique-nique. La route qui grimpe ensuite en lacets vers la frontière yéménite offre des points de vue vertigineux sur l'océan Indien.

L'heure du retour

En roulant vers le port dans la lumière déclinante, les silhouettes des dromadaires ponctuent parfois les bas-côtés, indifférentes à la circulation. Il flotte encore dans les vêtements un peu de fumée d'encens, comme un tampon invisible sur le passeport. Salalah ne ressemble à aucune autre escale de la région : elle rappelle qu'avant le pétrole, l'Arabie embaumait — et qu'elle embaume encore.