Semarang doit son visage aux compagnies marchandes hollandaises qui, pendant trois siècles, ont chargé ici le sucre, le café et les épices de Java. De cette époque, la ville a conservé un quartier colonial complet, des canaux, et un monument ferroviaire dont les habitants disent qu'il compte mille portes. L'escale attire aussi pour une autre raison, plus lointaine : Borobudur, l'un des grands sanctuaires bouddhiques du monde, se dresse à une centaine de kilomètres dans les terres, au milieu des rizières et des volcans.

L'arrivée à Tanjung Emas

Les navires accostent au port de Tanjung Emas, une zone commerciale située à cinq à dix kilomètres du centre selon les secteurs. Le terminal réservé aux passagers offre l'essentiel : réseau sans fil, comptoir de change, information touristique et kiosque de taxis à tarifs affichés. La course vers la vieille ville coûte peu et prend une quinzaine de minutes; c'est la façon la plus simple d'entamer la journée. Dès la sortie du port, la circulation javanaise donne le ton : scooters par grappes, charrettes, klaxons brefs et sourires au feu rouge.

Kota Lama, la vieille ville entre les canaux

Le quartier historique, que les habitants appellent Kota Lama, regroupe les anciens comptoirs, entrepôts et bureaux de l'administration coloniale, serrés entre des canaux qui rappellent les Pays-Bas sous un ciel tropical. Les façades restaurées alternent avec des bâtiments patinés par l'humidité, et les ruelles réservent des scènes de vie simples : marchands de thé glacé, cyclistes chargés de paniers, séances de photos de mariage devant les arcades. On s'y promène à pied, sans itinéraire précis, en levant souvent les yeux vers les frontons ouvragés. Les cafés installés dans les édifices rénovés permettent de faire une pause à l'ombre, un jus de tamarin à la main.

Lawang Sewu, la maison aux mille portes

À quelques minutes en taxi, l'ancien siège des chemins de fer des Indes néerlandaises déploie ses ailes blanches autour de cours ombragées. Son surnom, Lawang Sewu, signifie « mille portes » : enfilades de battants, galeries traversantes et fenêtres hautes conçues pour laisser circuler l'air de la plaine. Les verrières colorées du grand escalier valent à elles seules le déplacement. Le lieu se parcourt en une heure environ, guide local en option, et complète naturellement la balade dans le quartier colonial. Les amateurs d'histoires de fantômes seront servis : les légendes qui entourent l'édifice font partie du folklore local.

Borobudur, l'excursion au long cours

Le grand sanctuaire bouddhique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO se mérite : il faut compter de trois à quatre heures de route par direction depuis le port. Les compagnies proposent l'excursion en journée complète, et c'est la formule à privilégier, car elle garantit le retour à bord avant l'appareillage. Ceux qui font le trajet en gardent des images fortes : la masse de pierre grise émergeant des palmeraies, les terrasses sculptées, les stupas ajourés tournés vers les volcans. Une longue journée, assurément, mais peu d'escales donnent accès à un monument de cette ampleur.

Composer sa journée

  • Demi-journée en ville : Kota Lama à pied, puis Lawang Sewu en taxi.
  • Journée complète sans grand trajet : ajouter un repas de cuisine javanaise et un arrêt dans un marché local.
  • Journée complète hors de la ville : excursion organisée vers Borobudur, en acceptant la route.
  • Dans tous les cas : de l'eau, un chapeau et un rythme tropical, c'est-à-dire sans hâte.

En quittant Java

Au retour, pendant que le navire s'écarte lentement de la côte, la plaine de Java s'estompe dans une brume chaude. Semarang ne cherche pas à éblouir; elle raconte, à qui prend le temps d'écouter, trois siècles de commerce entre l'Asie et l'Europe, et la patience d'une île qui a vu passer bien des empires. Les passagers qui ont poussé jusqu'à Borobudur emportent quelque chose de plus ancien encore : le silence d'un sanctuaire posé au milieu des rizières depuis plus de mille ans.