En 1950, des ouvriers creusant une tranchée à Straubing mirent au jour un chaudron de cuivre rempli de masques de parade romains, d'armures et de figurines : le plus important trésor romain jamais trouvé sur le sol bavarois. La découverte résume bien cette cité danubienne : sous ses airs de bourgade provinciale sommeille une histoire dense, que deux mille ans de continuité ont déposée en strates le long du fleuve. Les croisières fluviales entre Ratisbonne et Passau y font une halte souvent trop brève au goût des passagers.
Le grenier de la Bavière
Straubing règne sur le Gäuboden, une plaine limoneuse d'une fertilité exceptionnelle qui nourrit la région depuis l'Antiquité. Cette prospérité agricole explique tout : la présence romaine d'abord, qui installa ici un camp militaire sur la frontière du Danube, puis la richesse de la ville médiévale, dont témoignent les places généreuses et les églises ambitieuses. Elle explique aussi la fête : chaque mois d'août, le Gäubodenvolksfest attire plus d'un million de personnes, ce qui en fait la deuxième fête de la bière de Bavière après l'Oktoberfest de Munich.
Une place de marché monumentale
Du quai fluvial, quelques minutes de marche mènent au centre. La place principale, étirée en longueur comme souvent dans les cités danubiennes, se divise en place du Théâtre et place Ludwig, séparées par la tour municipale gothique haute de 68 mètres. Élevée au XIVe siècle pour surveiller les incendies et affirmer la fierté communale, elle se gravit et récompense la montée d'une vue sur les toits, la plaine et la boucle du fleuve. Autour, façades gothiques, Renaissance et baroques composent un cours de trois siècles d'architecture, avec la colonne de la Trinité en point d'orgue.
Le trésor romain et les églises
Le Gäubodenmuseum conserve le fameux trésor : les masques de visage en fer et bronze, portés lors des tournois de cavalerie romains, comptent parmi les pièces les plus étonnantes de l'archéologie allemande. Les salles consacrées à l'époque romaine constituent l'une des plus riches collections du genre dans le sud de l'Allemagne. À quelques rues, la basilique Saint-Jacques, vaste halle gothique, abrite des vitraux anciens et un retable remarquable, tandis que l'église des Carmélites et sa voisine Sainte-Ursule, décorée par les frères Asam, illustrent la ferveur baroque bavaroise dans toute son exubérance.
- Tour municipale et perspective sur la plaine du Gäuboden
- Gäubodenmuseum et ses collections romaines
- Basilique Saint-Jacques et églises baroques
- Berges du Danube et parc animalier à distance de marche
Agnès Bernauer, l'histoire tragique
Straubing cultive aussi la mémoire d'Agnès Bernauer, fille de barbier devenue épouse secrète du duc héritier de Bavière, condamnée pour sorcellerie et noyée dans le Danube en 1435 sur ordre de son beau-père. Une chapelle du cimetière Saint-Pierre conserve sa dalle funéraire, et la ville lui consacre tous les quatre ans un festival théâtral. Cette histoire, entre amour et raison d'État, a inspiré écrivains et compositeurs, et donne à la promenade au bord du fleuve une résonance singulière.
Les plaisirs de la table
Les brasseries du centre perpétuent la tradition : bières locales, rôti de porc à la couenne croustillante, saucisses blanches à la moutarde douce et bretzels dodus. Aux beaux jours, les jardins à bière se remplissent de tablées joyeuses sous les marronniers, et le voyageur s'y intègre sans façon. C'est peut-être ici que l'escale livre son vrai visage : une convivialité robuste, enracinée dans une terre généreuse.
Le fleuve continue
En larguant les amarres, on regarde s'éloigner la tour gothique qui a vu passer les légions, les ducs, les crues et les fêtes. Straubing n'élève pas la voix parmi les escales du Danube; elle laisse parler ses pierres, son trésor et sa plaine opulente. Le passager attentif y gagne ce que les grandes étapes offrent rarement : le sentiment d'avoir surpris la Bavière chez elle, dans son quotidien le plus vrai, à table comme au marché.


