Les montagnes arrivent avant la ville. Bien avant d'apercevoir un toit, on voit surgir de la mer ces pics de granit aux arêtes vives qui font la réputation des îles Lofoten, et parmi eux la fameuse Svolværgeita, la « chèvre » de pierre dont les deux cornes se détachent au-dessus des maisons. Puis Svolvær apparaît à leurs pieds, port principal de l'archipel, posé sur l'île d'Austvågøya bien au nord du cercle polaire. Le quai se trouve en plein centre; les navires plus imposants mouillent dans la rade et déposent leurs passagers au même endroit, à cinq minutes de tout.
Un port vivant entre cabanes rouges et séchoirs
Autour du bassin, les rorbuer alignent leurs façades rouge foncé sur pilotis, anciennes cabanes de pêcheurs devenues logements et restaurants. La pêche n'a pourtant rien d'un décor : chaque hiver, la morue arctique descend frayer dans ces eaux et fait encore battre le cœur économique de l'archipel. Sur les hauteurs et les îlots voisins, d'immenses claies de bois servent au séchage du tørrfisk, le poisson séché exporté depuis l'époque des Vikings. Entre deux quais, des galeries d'art témoignent d'une autre tradition locale : la lumière si particulière de l'archipel attire les peintres depuis plus d'un siècle.
Le Trollfjord, l'excursion reine
Depuis les quais, des bateaux et des embarcations rapides filent vers l'entrée du Trollfjord, une entaille spectaculairement étroite dans la muraille des montagnes. Les parois tombent à la verticale dans une eau d'un vert profond, si proches que les navires y font demi-tour sur place. Les sorties dites « safari » guettent les pygargues à queue blanche, qui fondent parfois sur un poisson à quelques mètres des passagers. Comptez de deux à trois heures pour cette échappée qui laisse rarement quelqu'un indifférent.
Kabelvåg, le berceau des Lofoten
À une dizaine de minutes de route, le village de Kabelvåg fut longtemps le centre de la pêche saisonnière de l'archipel. Le musée des Lofoten y retrace la vie rude des équipages d'autrefois, l'aquarium présente la faune des eaux froides, et l'église de Vågan, surnommée la cathédrale des Lofoten, dresse sa charpente de bois au bord de la route. L'ensemble se combine aisément en une demi-journée avec la flânerie dans Svolvær.
Prendre de la hauteur
Les marcheurs disposent d'un objectif parfait pour la durée d'une escale : le sommet du Tjeldbergtind, à 367 mètres. Le sentier part à courte distance du centre et grimpe en deux à trois heures aller-retour vers un panorama complet sur la ville, les rades, les ponts et la dentelle de montagnes qui se poursuit d'île en île. Prévoyez de bonnes chaussures et une couche coupe-vent : le temps change vite entre deux vallées. Quant à la Svolværgeita, elle demeure l'affaire des grimpeurs aguerris; les plus audacieux d'entre eux perpétuent la tradition qui consiste à sauter d'une corne à l'autre, un exploit que l'on préférera applaudir depuis le plancher des vaches.
À table
Les restaurants du port cuisinent ce que la mer donne le matin même : morue fraîche ou séchée, flétan, saumon, crabe royal selon la saison. Certains osent la spécialité la plus clivante des îles, la langue de morue, que les enfants du coin découpent traditionnellement pour se faire un peu d'argent de poche pendant la saison hivernale. Les cafés du bord de l'eau, eux, réchauffent les marcheurs avec gaufres et chocolat chaud, dans une odeur de bois et de goudron qui ne trompe pas sur la vocation maritime des lieux.
Au moment du départ, les pics referment lentement leur cirque autour de la rade. En été, le soleil de minuit prolonge la fête des couleurs; en hiver, ce sont les aurores qui s'invitent au-dessus des cornes de la chèvre de pierre. Peu d'escales offrent un décor aussi théâtral pour un simple au revoir.


