L'eau surprend avant tout le reste. Turquoise sur les hauts-fonds, bleu profond au large, d'une transparence qui laisse deviner les coques des épaves à plusieurs mètres sous la surface : la baie Georgienne n'a rien à envier aux mers du Sud, sinon la température. À la pointe extrême de la péninsule Bruce, entre le lac Huron et cette baie presque autonome, le village de Tobermory sert de camp de base à l'un des plus beaux territoires lacustres du Canada. Les navires d'expédition y mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, au cœur du petit havre de Little Tub.
Un village de plongeurs et de phares
Quelques centaines de résidents, deux bassins abrités, des quais de bois, des comptoirs de poisson frit : Tobermory garde une échelle humaine qui repose des grandes escales. Le hameau s'est taillé une réputation mondiale chez les plongeurs, attirés par les eaux froides et claires qui conservent les épaves comme peu d'endroits sur la planète. À l'entrée du bassin voisin de Big Tub, un phare de 1885 marque le passage vers le large; sa silhouette compte parmi les images les plus photographiées de la région.
Fathom Five, un parc sous la surface
Les fonds environnants forment le premier parc marin national du Canada, Fathom Five, qui protège plus d'une vingtaine d'épaves de goélettes et de vapeurs victimes des tempêtes et des récifs. Nul besoin de bouteilles pour en juger : des bateaux à fond de verre survolent les carcasses les mieux conservées, dont celle de la goélette Sweepstakes, reposant par quelques mètres de fond dans le bassin de Big Tub. Voir un navire du XIXe siècle apparaître sous la coque, entier ou presque, procure un frisson que les passagers gardent longtemps.
Flowerpot Island et ses vases de pierre
À 6,5 kilomètres au large, l'île Flowerpot doit son nom à deux piliers de calcaire sculptés par les vagues, dressés sur la rive comme des pots de fleurs géants. Les sentiers de l'île mènent des colonnes rocheuses à des grottes, puis à une station de phare historique tenue par des bénévoles. Orchidées sauvages et cèdres tordus complètent le décor de cette réserve minuscule et attachante, accessible par les navettes des excursions locales.
La falaise et la Grotte
Le rivage voisin appartient au parc national de la Péninsule-Bruce, où l'escarpement du Niagara plonge dans la baie en falaises blanches. Le site le plus couru se nomme simplement la Grotte : une caverne ouverte sur l'eau, dont le bassin intérieur s'illumine de reflets bleutés par beau temps. Les sentiers côtiers qui y conduisent traversent une forêt de conifères accrochée au calcaire; le contraste entre roche claire, forêt sombre et eau lumineuse compose des paysages qu'on croirait retouchés, alors qu'ils sortent tels quels de la réalité.
Pour une escale réussie
- Le village se parcourt à pied en une heure; réservez le reste du temps pour l'eau et les sentiers.
- Les sorties en bateau à fond de verre durent environ deux heures, arrêt sur Flowerpot Island en option.
- Apportez des chaussures de marche : les rives de calcaire sont inégales et parfois glissantes.
- L'eau demeure froide même en été; les plus braves se baignent, les autres photographient.
Le nord en partage
Tobermory marque aussi l'aboutissement du sentier Bruce, qui court sur près de 900 kilomètres depuis la région du Niagara; les randonneurs qui l'achèvent viennent toucher le cairn du village comme on termine un pèlerinage. L'escale se termine souvent de la même façon : un dernier regard sur les bassins, un cornet de poisson frit, puis l'annexe qui repart vers le navire entre les bouées. La baie Georgienne referme ses eaux claires derrière les visiteurs, gardienne de ses épaves et de ses îles de pierre.


