Un phare rayé de rouge et de blanc veille sur des anses en croissant où les cocotiers descendent presque jusqu'à l'écume : voilà le décor qui accueille les navires au sud du Kerala. Le port en eau profonde de Vizhinjam, tout jeune dans une baie de pêcheurs très ancienne, sert de porte d'entrée à deux mondes complémentaires : les plages de Kovalam, à 3 km à peine, et Thiruvananthapuram, la capitale de l'État, que tout le monde appelle encore Trivandrum, à une quinzaine de kilomètres. Dès la passerelle, l'air chargé d'iode et d'épices donne le ton d'une escale indienne étonnamment douce.

Vizhinjam, la baie des pêcheurs

Avant de filer vers les plages, un regard s'impose sur le bourg lui-même. Chaque matin, des dizaines de barques colorées rentrent au rivage, halées sur le sable pendant que la criée s'improvise autour des paniers de sardines et de maquereaux. Minarets et clochers se partagent le ciel au-dessus des toits, résumé du littoral keralais où cohabitent depuis des siècles pêcheurs musulmans, chrétiens et hindous. La scène, brute et vivante, vaut tous les spectacles organisés. Les ruelles proches du rivage cachent aussi un petit sanctuaire rupestre taillé dans le roc, discret témoin du comptoir qui prospérait ici il y a plus de mille ans.

Kovalam, l'après-midi les pieds dans le sable

Un court trajet en taxi mène aux trois anses de Kovalam, station balnéaire pionnière de la côte. Lighthouse Beach, la plus animée, doit son nom au phare qui la domine depuis son promontoire; la galerie sommitale récompense la montée par un panorama sur des kilomètres de littoral frangé de palmes. En contrebas, la promenade aligne cafés et boutiques, les vendeurs de noix de coco fraîche décapitent leurs fruits à la machette, et les baigneurs se laissent rouler dans des vagues tièdes sous l'œil des sauveteurs. Le Kerala se proclame patrie de l'ayurvéda : un massage à l'huile dans l'un des établissements de la plage constitue une initiation toute trouvée, entre deux baignades.

Trivandrum, la ville du dieu couché

En une trentaine de minutes de route, l'escale change complètement de registre. Au cœur du quartier d'East Fort, le temple Sri Padmanabhaswamy dresse son gopuram sculpté de sept étages, chef-d'œuvre dravidien dont la silhouette claire flotte au-dessus des bassins rituels. Le sanctuaire, où Vishnou repose allongé sur le serpent Ananta, demeure réservé aux fidèles hindous; les autres visiteurs admirent l'enceinte depuis la rue processionnelle, animée de marchands de jasmin et de bananes. Juste à côté, le palais Kuthira Malika déploie ses boiseries ajourées et ses 122 chevaux de bois sculptés sous les avant-toits, témoins du raffinement des maharajas de Travancore. Plus au nord, le musée Napier et ses jardins offrent une pause fraîche dans un bâtiment aux allures de pagode victorienne, écrin de bronzes et d'ivoires anciens. Les amateurs de couleur locale termineront par le bazar couvert de Chalai, tout proche d'East Fort, où s'empilent bananes rouges, guirlandes de jasmin et pyramides d'épices.

Repères pour l'escale

SiteDistance du quaiAccès
Plages de Kovalam3 kmTaxi ou autorickshaw
Temple Padmanabhaswamy et East Fort15 kmTaxi ou autobus
Musée Napier16 kmVoiture avec chauffeur
Lagunes de Poovar12 kmVoiture puis bateau

La lumière du soir

Ceux qui restent près du navire jusqu'au départ gardent souvent le meilleur pour la fin : le coucher de soleil vu de Lighthouse Beach, quand le phare s'allume et que les barques rentrent une à une dans la lumière orangée. Entre un temple interdit aux profanes et une plage offerte à tous, cette côte du Travancore compose une escale contrastée, parfumée de curry de poisson et de fleurs de jasmin. On repart avec du sable dans les sandales et l'envie très nette de revenir explorer, plus au nord, les lagunes et les canaux du Kerala.