La pierre a ici une couleur de miel. Dans les rues de Villefranche-sur-Saône, capitale du Beaujolais, les façades Renaissance prennent au soleil ces teintes dorées qui ont donné leur nom aux villages voisins, le fameux pays des Pierres Dorées. Les bateaux de croisière fluviale font halte en bordure de Saône, à courte distance du centre, et l'escale s'annonce d'emblée sous le signe du vin et de la douceur de vivre.

On se trouve à mi-chemin entre Lyon et les grands crus du Beaujolais, dans une cité marchande qui a prospéré grâce au commerce et aux foires depuis le Moyen Âge.

La rue Nationale, colonne vertébrale de la cité

L'essentiel du patrimoine caladois se concentre le long de la rue Nationale, une artère commerçante qui traverse le centre du nord au sud. Derrière les vitrines, il faut lever les yeux et pousser les portes : maisons à tourelles, fenêtres à meneaux, cours intérieures et passages discrets récompensent les curieux. Ces demeures témoignent de la fortune des drapiers et des marchands qui ont bâti sa prospérité. Les habitants s'appellent d'ailleurs les Caladois, du mot calade, qui désigne les pierres plates bordant autrefois les seuils.

Notre-Dame-des-Marais, la fierté locale

À quelques pas de la rue Nationale s'élève la collégiale Notre-Dame-des-Marais. Sa façade flamboyante, ouvragée comme une dentelle de pierre, contraste avec la sobriété des maisons alentour. L'intérieur, plus dépouillé, invite à une pause fraîche avant de reprendre la déambulation. Le marché, les boulangeries et les bouchons à la lyonnaise complètent le tableau d'une France de province qui vit à son propre tempo.

Le Beaujolais tout autour

Impossible d'évoquer cette étape sans parler du vignoble qui l'entoure. Les coteaux commencent aux portes de l'agglomération et déroulent leurs rangs de gamay jusqu'aux monts qui ferment l'horizon. Les excursions proposées lors des escales fluviales mènent généralement vers les villages perchés des Pierres Dorées, comme Oingt, ou vers des caves familiales où le vigneron lui-même verse la dégustation. Le gamay y révèle une palette bien plus nuancée que sa réputation de vin nouveau : les crus du nord, du morgon au fleurie, méritent qu'on s'y attarde.

La cité cultive par ailleurs des traditions bien à elle. Chaque troisième jeudi de novembre, elle célèbre en grande pompe l'arrivée du vin nouveau, dont elle est l'épicentre mondial. Et fin janvier, la fête des Conscrits voit défiler les habitants par classes d'âge, en habit sombre et gibus fleuri, selon un rituel transmis depuis la fin du 19e siècle. Ces rendez-vous disent beaucoup d'un endroit où l'appartenance se vit fièrement, verre à la main.

Une pause gourmande

Entre deux découvertes, la table s'impose. Les spécialités lyonnaises règnent ici en voisines : quenelles, saucisson brioché, cervelle de canut, tartes aux pralines roses. Un verre de beaujolais-villages, un plat généreux, une terrasse sur une placette : le programme tient en trois éléments et comble la plupart des voyageurs. Les plus prévoyants glisseront dans leur sac un saucisson sec ou un pot de miel du terroir, souvenirs comestibles qui prolongeront l'escale bien après le retour au fleuve. Un détour par l'office de tourisme permet aussi de repérer les cours Renaissance ouvertes au public ce jour-là.

Regagner la Saône

En redescendant vers la rivière, on longe des quartiers paisibles où la vie suit le rythme des écoles et des commerces. La Saône coule large et calme, indifférente à l'agitation du monde. Depuis le pont du bateau, les toits de la cité caladoise s'estompent derrière les arbres des berges. Cette halte beaujolaise n'a rien de spectaculaire au sens strict ; elle offre quelque chose de plus durable, le sentiment d'avoir partagé, le temps d'une journée, l'art de vivre d'une région qui met le vin, la pierre et la table au centre de tout.