Quatre passes percent la barrière de corail d'Uvea, mais une seule laisse entrer les navires : Honikulu, au sud. Le franchissement de ce couloir étroit, entre deux lignes d'écume, marque le vrai début de l'escale. Passé le récif, l'eau se calme d'un coup, le lagon s'étale, semé d'îlots coiffés de cocotiers, et Wallis se dessine, basse et verte, sans un sommet pour l'annoncer de loin. Les navires restent au mouillage et les canots déposent ensuite les passagers au quai de Mata Utu, capitale minuscule de l'un des territoires français les plus éloignés de la métropole.

Mata Utu, capitale de poche

Un millier d'habitants, un front de mer, quelques commerces : Mata Utu se parcourt sans hâte. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption veille sur le rivage avec ses tours de pierre volcanique sombre, marquées d'une croix de Malte. Juste à côté se dresse le palais du Lavelua, le roi coutumier d'Uvea, une demeure de style colonial tournée vers la mer. Car le royaume existe toujours : la coutume règle la vie des villages aux côtés des institutions françaises, et les cérémonies où circule le kava rythment encore les grandes occasions. Les passagers qui prennent le temps d'échanger quelques mots avec les habitants mesurent vite la fierté tranquille de ce petit monde polynésien.

Talietumu, mémoire tongienne

Une route tranquille file vers le sud de l'île jusqu'à Talietumu, un ancien fort tongien élevé vers 1450 et considéré comme l'un des mieux préservés du Pacifique. Ses plateformes de basalte, ses murs bas et ses allées cérémonielles rappellent l'époque où les guerriers de Tonga dominaient Uvea. Le site, restauré et entretenu, se parcourt à pied dans un grand calme, entre pelouses et cocotiers, pendant que les guides expliquent le rôle défensif et cérémoniel de chaque enceinte. On y comprend que cette île paisible fut aussi une terre de conquêtes, et que la culture wallisienne garde de cet héritage une langue et des traditions propres.

Le lac Lalolalo

Autre surprise de l'intérieur : le lac Lalolalo, à l'ouest. Ce cratère presque parfaitement circulaire plonge ses parois verticales dans une eau sombre, profonde d'environ 80 m. La forêt s'accroche au rebord, des oiseaux tournoient au-dessus du vide, et le silence du lieu contraste avec la lumière du lagon laissé derrière soi. Un point de vue aménagé au bord du cratère permet d'embrasser l'ensemble en quelques minutes; c'est l'un des paysages les plus singuliers du territoire, témoin du volcan qui a donné naissance à l'île.

Le lagon et ses îlots

Reste le lagon lui-même, immense pièce d'eau turquoise fermée par le récif. Des îlots comme Nukuhifala, à l'est, se rejoignent en bateau pour une baignade ou une exploration des fonds coralliens, poissons multicolores au rendez-vous, et parfois le passage tranquille d'une tortue verte au-dessus des patates coralliennes. Beaucoup de compagnies proposent une sortie de ce type, souvent accompagnée d'une démonstration de danses ou d'un accueil en musique. Les eaux calmes, peu fréquentées, offrent des couleurs que même les habitués de la Polynésie trouvent éclatantes.

Repères pour l'escale

SiteDistance du quaiAccès
Cathédrale et palais royalAu centre de la capitaleÀ pied
Fort de TalietumuUne dizaine de kilomètres au sudVéhicule ou excursion
Lac LalolaloCôté ouest de l'îleVéhicule ou excursion
Îlot NukuhifalaAu large, côté estBateau

Les escales à Wallis demeurent rares, réservées le plus souvent aux navires d'expédition et aux itinéraires transpacifiques. Un détail amuse d'ailleurs les amateurs de croisière : les navires de la compagnie Ponant portent Mata Utu en lettres blanches sur leur poupe, car la flotte est immatriculée ici. En repassant la passe de Honikulu au soir, on emporte le souvenir d'un royaume discret, fidèle à ses rois et à ses eaux calmes, qui ne ressemble à aucune autre étape du Pacifique.