Peu de terminaux de croisière donnent directement sur une plage. À Warnemünde, on descend la passerelle, on marche quelques centaines de mètres, et le sable est là : une large bande blonde qui file vers l'ouest, bordée de corbeilles d'osier où les vacanciers allemands s'abritent du vent. Cet ancien village de pêcheurs à l'embouchure de la Warnow est devenu la porte maritime de Rostock, sa grande voisine hanséatique, et le point de départ des trains vers Berlin. Trois escales en une, en somme : à chacun de choisir la sienne.
L'Alter Strom et ses fumoirs
À cinq minutes du terminal, le vieux bras de la Warnow, l'Alter Strom, concentre la vie locale. Les bateaux de pêche s'y amarrent bord à bord, transformés pour plusieurs en comptoirs flottants où l'on vend le hareng fumé et les petits pains au poisson, les fameux Fischbrötchen. Sur l'autre rive, les maisons basses des anciens pêcheurs abritent cafés et boutiques. En suivant le chenal vers la mer, on atteint le Teepott, pavillon des années 1960 au toit ondulé, puis le phare de la fin du XIXe siècle : de sa galerie, ouverte en saison, le regard porte sur la Baltique, le rivage et le ballet des ferries.
Rostock, la voisine hanséatique
La gare jouxte le terminal, et le train de banlieue rejoint le centre de Rostock en une vingtaine de minutes. La cité fut l'une des puissances de la Ligue hanséatique, et son cœur le raconte encore : églises de brique rouge, pignons à redans, places marchandes. Dans la Marienkirche, l'horloge astronomique achevée en 1472 fonctionne toujours; à midi, ses automates se mettent en marche sous les yeux des curieux. La rue piétonne Kröpeliner Strasse relie la place de l'hôtel de ville aux bâtiments de l'université, fondée en 1419, l'une des plus anciennes du nord de l'Europe.
La maison du peintre Munch
Un détail que bien des passagers ignorent : Edvard Munch vécut ici. Le peintre norvégien s'installa face aux bateaux de pêche en 1907, le temps de retrouver son équilibre et de peindre baigneurs, filets et maisons de pêcheurs. La demeure qu'il occupait, au numéro 53 de la rue Am Strom, accueille aujourd'hui expositions et résidences d'artistes. S'arrêter devant sa façade modeste, c'est mesurer ce que ce rivage a de singulier : une lumière du Nord qui a retenu l'un des plus grands peintres de son temps.
Trois façons d'employer la journée
| Option | Trajet depuis le quai | Idéal pour |
|---|---|---|
| Warnemünde à pied | Aucun transport requis | Plage, chenal, phare, atmosphère balnéaire |
| Rostock en train de banlieue | Environ 20 minutes | Patrimoine hanséatique, églises, musées |
| Berlin en train ou en excursion | Environ 3 heures par trajet | Capitale allemande, pour les longues escales |
Berlin attire beaucoup de passagers, mais le trajet aller-retour occupe six heures : la capitale se savoure alors au pas de course. Le château de Schwerin, posé sur son île à environ une heure trente de route, constitue un compromis apprécié des amateurs d'architecture romantique.
Le charme des choses simples
Ceux qui restent à Warnemünde n'ont pourtant rien sacrifié. On loue une corbeille d'osier, on marche jusqu'à la jetée ouest pour saluer les navires qui entrent, on remonte les venelles où sèche encore parfois un filet. L'église néogothique du village conserve un retable et une chaire d'époque; autour, les villas balnéaires du début du XXe siècle témoignent du temps où les bains de mer devenaient à la mode.
Retour le long du sable
En fin de journée, le chemin du retour longe naturellement la plage. Les corbeilles se vident, les cerfs-volants redescendent, et la silhouette du navire grandit au bout de la jetée. Qu'on ait marché jusqu'au phare ou couru jusqu'à Berlin, on remonte à bord avec la même impression : celle d'une escale qui laisse le choix, et qui récompense chacun de ses choix.


