Un moine, un marteau, une porte d'église : le 31 octobre 1517, Martin Luther affiche ici ses quatre-vingt-quinze thèses et déclenche, sans le savoir tout à fait, un bouleversement qui redessinera la carte religieuse de l'Europe. Cinq siècles plus tard, Wittenberg demeure une petite ville de bord d'Elbe, paisible et basse, où presque chaque façade du centre garde un lien avec cette histoire. Les bateaux fluviaux accostent sur la rive, à distance de marche de la vieille ville, et l'escale se déroule tout entière sur un axe simple : une longue rue qui relie les lieux où la Réforme est née.

La porte des thèses

La Schlosskirche, l'église du château, ouvre naturellement le parcours. Le battant d'origine, en bois, a disparu dans un incendie au XVIIIe siècle; des vantaux de bronze l'ont remplacé, gravés du texte latin des thèses. À l'intérieur reposent Luther et son compagnon de route Philippe Melanchthon, sous les voûtes reconstruites d'un sanctuaire devenu lieu de mémoire pour les protestants du monde entier. Du haut de la tour, quand elle est ouverte, la vue porte sur les toits rouges et la plaine de l'Elbe.

Une rue pour traverser la Réforme

De la Schlosskirche, la Schlossstrasse puis la Collegienstrasse traversent le centre d'ouest en est, bordées de maisons Renaissance aux teintes pastel. Sur la place du marché, deux statues se font face devant l'hôtel de ville : Luther et Melanchthon, figés dans le bronze au milieu des étals les jours de marché. Tout près, la Stadtkirche Sainte-Marie, où Luther prêcha des centaines de fois, conserve un retable peint par Lucas Cranach l'Ancien, autre grand nom de la ville. Cet ensemble figure au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1996.

Chez Luther et chez Cranach

À l'extrémité est de la rue, la Lutherhaus occupe l'ancien couvent des Augustins où le réformateur vécut avec sa famille. Le musée qui s'y déploie rassemble bibles anciennes, portraits, manuscrits et objets du quotidien, dont la salle où Luther tenait ses fameux propos de table. En chemin, les cours Cranach méritent un détour : l'atelier du peintre et de son fils occupait ces bâtiments autour de cours pavées, aujourd'hui animées par des artisans et une école de peinture. La maison de Melanchthon, à la façade à pignon élégant, complète ce quatuor de lieux classés.

L'Elbe et ses berges

Entre deux visites, les berges du fleuve offrent une respiration. Des prairies inondables s'étendent de part et d'autre, fréquentées par les hérons et les cyclistes de la piste de l'Elbe, l'une des plus longues d'Allemagne. Le contraste apaise : après les salles de musée denses en dates et en gravures, le fleuve coule sans commentaire, comme il le faisait déjà quand les étudiants affluaient à l'université de Wittenberg au XVIe siècle.

Repères pour l'escale

  • Accostage sur l'Elbe, à distance de marche du centre; terrain plat tout au long du parcours.
  • Schlosskirche : portes de bronze gravées des thèses, tombeaux de Luther et de Melanchthon.
  • Lutherhaus : principal musée consacré à la Réforme, à l'autre bout de la rue centrale.
  • Stadtkirche Sainte-Marie : retable de Cranach; place du marché à deux pas.
  • Le centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Avant de remonter à bord

En revenant vers le fleuve, il reste souvent un moment pour s'asseoir sur la place et regarder la lumière glisser sur les façades. Wittenberg tient dans peu de rues, mais ce qui s'y est joué a traversé les océans; les visiteurs qui arrivent de Séoul, de Lagos ou de Montréal viennent tous chercher la même porte. Peu d'escales offrent un tel raccourci : une après-midi de marche tranquille à travers un moment où le monde a changé de direction.