Il existe en Australie-Occidentale un sable si fin et si blanc qu'il crisse sous les pas comme de la neige froide. C'est la signature d'Esperance, petite ville posée face à l'archipel de la Recherche, à mi-chemin entre Perth et la Grande Baie australienne. Les navires jettent l'ancre dans la baie et les chaloupes déposent les passagers au ponton de la jetée Taylor, à quelques minutes à pied de la rue principale.
Dès le débarquement, la palette de couleurs annonce le programme : une eau qui passe du turquoise au bleu profond, des îlots de granit gris posés sur l'horizon et une lumière australe d'une netteté rare. La sculpture en forme de queue de baleine qui accueille les visiteurs près de la jetée donne le ton, sans exagérer : les baleines franches australes fréquentent bel et bien ces eaux en hiver et au printemps austral.
Le front de mer et le village
L'esplanade riveraine longe la baie sur plusieurs kilomètres, ponctuée de pelouses, d'aires de jeux et d'œuvres d'art public. La rue commerçante, à une rue en retrait, garde une échelle humaine : cafés torréfacteurs, boutiques de surf, galeries d'artistes locaux. Le musée municipal mérite une halte étonnante : on y conserve des débris de la station spatiale Skylab, retombée en 1979 dans la région, épisode commémoré avec un humour typiquement australien, l'administration locale ayant symboliquement facturé la NASA pour dépôt de détritus. Autre excentricité assumée : une réplique intégrale de Stonehenge, taillée dans le granit rose de la région, se dresse à quelques kilomètres du centre.
La Great Ocean Drive, quarante kilomètres d'anthologie
L'excursion classique de l'escale suit la boucle côtière à l'ouest de la ville. Twilight Beach et sa piscine naturelle entre les rochers, les belvédères d'Observatory Point, West Beach et sa houle prisée des surfeurs, puis les éoliennes du parc de Ten Mile Lagoon, pionnier de l'énergie éolienne australienne : chaque arrêt de la boucle ajoute une variation de bleu au répertoire de la journée. Plusieurs plages de ce littoral se classent régulièrement parmi les plus belles du pays, et la baignade s'y pratique dans une eau vivifiante, même en été.
L'archipel de la Recherche, cent îles de granit
Au large, une constellation d'une centaine d'îles et d'un millier d'îlots granitiques compose l'archipel de la Recherche, nommé d'après le navire de l'expédition française de d'Entrecasteaux, passée ici en 1792. Les croisières locales d'une demi-journée partent de la jetée Taylor et slaloment entre les îles à la rencontre des otaries à fourrure, des lions de mer australiens, des dauphins et des aigles pêcheurs qui patrouillent les passes entre les écueils. C'est le complément idéal d'une matinée sur la côte.
Et pour les plus curieux
- Le parc national de Cape Le Grand, à une soixantaine de kilomètres, abrite Lucky Bay, célèbre pour ses kangourous qui se prélassent sur le sable; l'excursion occupe une bonne demi-journée.
- Le sentier du sommet de Wireless Hill et les points de vue de Rotary Lookout dominent le bourg et la baie.
- Les produits locaux à rapporter : miels, gins artisanaux et pièces d'artistes inspirées de l'océan.
- Protection solaire maximale : l'indice UV australien ne pardonne pas, même par vent frais.
Lever l'ancre à regret
Au départ, le navire contourne les premiers îlots de granit pendant que la ville rapetisse derrière son liséré de sable blanc. Esperance ne cherche pas à rivaliser avec Sydney ni avec la côte de corail; elle joue une autre partition, faite d'espace, de silence et de couleurs poussées à leur intensité maximale. Les passagers qui ont trempé les pieds dans l'eau de Twilight Beach le confirment volontiers : certains bleus ne s'expliquent pas, ils se vérifient sur place.