Chaque soir, au crépuscule, de petites silhouettes sortent de l'écume et remontent la plage en se dandinant vers leurs terriers. Ce rendez-vous immuable a rendu Phillip Island célèbre dans le monde entier : l'île abrite la plus grande colonie de manchots pygmées de la planète. Les navires jettent l'ancre dans la baie de Western Port, à environ 140 kilomètres au sud de Melbourne, et les annexes déposent leurs passagers au ponton de Cowes, la principale localité de l'île.
Cowes, un village balnéaire australien
Le débarquement place d'emblée le visiteur au centre de tout. La rue principale de Cowes descend vers la jetée entre cafés, boutiques de surf et terrasses ombragées, et la plage s'étire de part et d'autre du ponton, sable clair et eaux calmes tournées vers le continent. Les pélicans patrouillent près des pêcheurs, les familles pique-niquent sous les pins de Norfolk, et tout se fait à pied dans une ambiance de vacances à l'australienne, décontractée jusque dans les salutations. Des sorties d'observation de la faune partent aussi de la jetée, selon la saison et l'état de la mer.
Les manchots pygmées, stars discrètes
Hauts d'une trentaine de centimètres, plumage bleu ardoise, les manchots pygmées passent leurs journées à pêcher au large et rentrent à la nuit tombée sur la plage de Summerland, à la pointe ouest de l'île. Des passerelles et des gradins aménagés par le parc naturel permettent d'assister à leur défilé sans les déranger, éclairage tamisé et photographies sans flash de rigueur. Un détail compte pour les croisiéristes : la parade a lieu au crépuscule, elle n'est donc accessible que si le navire reste au mouillage en soirée ou dans le cadre d'une excursion prévue à cet effet.
Les Nobbies et le rocher aux phoques
La même pointe ouest réserve un spectacle accessible en plein jour. Aux Nobbies, des trottoirs de bois serpentent au sommet de falaises battues par la houle du détroit de Bass, entre colonies de goélands et tapis de succulentes argentées. Au large, les récifs de Seal Rocks hébergent la plus grande colonie d'otaries à fourrure d'Australie : des milliers d'animaux s'y prélassent, visibles aux jumelles ou grâce aux caméras du centre d'interprétation. Le vent, constant, fait partie de l'endroit.
Koalas dans les eucalyptus
Au centre de l'île, la réserve de conservation des koalas offre l'une des meilleures chances du Victoria d'observer ces marsupiaux dans leur habitat. Des passerelles surélevées mènent le visiteur à hauteur de branches, là où les koalas somnolent, calés dans les fourches des eucalyptus. Wallabies et échidnés fréquentent aussi les sentiers, surtout en fin de journée. Les amateurs d'histoire rurale pousseront jusqu'à Churchill Island, reliée par un pont, où une ferme patrimoniale perpétue tonte de moutons et démonstrations de chiens de troupeau au-dessus de la baie.
Saveurs insulaires
L'île nourrit bien son monde : poissons et frites face à la jetée, huîtres et moules de la région, glaces artisanales et cafés dignes de Melbourne. Les fromageries et chocolateries locales proposent dégustations et boutiques, de quoi composer un panier de souvenirs comestibles avant de regagner le bord.
Ce que l'on emporte
En reprenant l'annexe, beaucoup de passagers guettent une dernière fois la surface, espérant un aileron d'otarie ou le vol lourd d'un pélican. Phillip Island pratique un tourisme rare : celui qui met la faune au premier rang et demande aux humains de s'adapter. Les petites silhouettes bleues qui remontent la plage chaque soir le prouvent depuis des décennies, et ce simple fait donne à l'escale une valeur qui ne s'use pas.